Trou


Lorsque quelqu’un disparaît de notre vie, soit qu’il meure soit qu’il nous abandonne, un trou se forme en nous, un vide qui reste présent même si la douleur qui l’accompagne ne remonte, avec le temps, que par bouffées épisodiques.

On se dit parfois qu’il faudrait le combler, l’effacer… mais la multiplication des divertissements permet tout juste de détourner le regard un moment sans nous apaiser vraiment. Le manque demeure et se réactive à chaque fois que le souvenir revient à la surface.

D’autant que nous n’avons guère envie d’oublier ceux qui sont partis en les effaçant de nos vies. Si faire son deuil signifiait tourner la page une fois pour toutes cela aurait l’air d’une trahison, surtout si nous croyons qu’ils sont toujours vivants et heureux. D’un autre côté, il est difficile et sans doute dangereux à terme de continuer à chercher à sentir leur présence. Ils sont vraiment partis et le trou qui s’est ouvert en nous est bien réel. La confiance que nous donne la foi n’est pas de l’ordre des sentiments mais d’une conviction qui les dépasse sans nous combler.

Alors sans doute faut-il apprendre à vivre avec ce manque radical, rechercher la paix à son côté en abandonnant nos rêves de plénitude. C’est par lui que nous touchons notre finitude, il nous renvoie à la réalité de notre condition mortelle. S’en échapper est une illusion dans laquelle nous aimons nous complaire tout en sachant qu’il ne s’agit que d’une tentative vaine de nous détourner de l’essentiel.

Il ne faut pas davantage compter sur Dieu pour apaiser notre manque. Si la religion est bien « l’opium du peuple », la foi de Jésus-Christ, quant à elle, bouscule en permanence notre quiétude et nous jette en avant si du moins nous acceptons de nous laisser interpeler par le message des évangiles…

Plus qu’une musique qui nous endormirait, la formidable énergie divine ressemblerait plutôt à un trou noir mais qui donnerait la vie au lieu de l’absorber.

Ma phrase préférée chez saint Jean de la Croix : « Dans les ténèbres mais en sureté ».