
Nous avons un peu de mal à comprendre notre Dieu… c’est normal ! Saint Jean nous dit d’ailleurs : « Dieu personne ne l’a jamais vu » 1 Jean 4, 12.
L’affirmation ne surprendra personne, surtout pas les croyants qui savent que Dieu est invisible, mais elle laisse un grand vide ! Pour combler ce manque, les hommes, au fil des siècles, ne se sont pas privés d’inventer une foule d’images qu’ils ont plaquées sur Dieu.
Tant qu’à faire, ils ont créé un Dieu qui pourrait leur être utile en le parant de toutes les qualités qu’ils n’avaient pas : il est tout puissant, éternel, il ne souffre pas, il sait tout, il voit tout, il est juste, il punit les mauvais et récompense les bons… Ils ont même élaboré des moyens pour se concilier sa toute-puissance quand ils sont dans le besoin : quelques prières, des sacrifices et Dieu vient au secours de celui à qui il manque quelque chose. Cette sorte de Dieu « bouche trou » a fait ses preuves au fil des siècles et cette image tient encore sa place aujourd’hui.
Ces conceptions correspondent-elles à ce qu’est Dieu vraiment ? Pourquoi pas, mais il est impossible d’en décider puisque, justement, personne ne l’a vu… Les images que nous nous en faisons sont certes sujettes à caution tant elles nous arrangent mais qui sait, qui sait…
En saine théologie cependant, nous affirmons qu’il garde son mystère. Il est l’au-delà de tout et nous ne pouvons rien en dire. Les mots que nous utilisons ne sont pas le reflet de ce qu’il est, ils sont uniquement les chemins que nous utilisons pour tendre vers lui sans connaître l’horizon de nos attentes. Les constructions le concernant, même si elles nous semblent tout à fait logiques, se révèlent vite inadaptées pour les croyants qui approfondissent leur foi sans se contenter de mirages, mais pourquoi ne pas utiliser celles-là mêmes que nous savons fausses à condition, bien sûr, de ne pas perdre de vue qu’il ne s’agit que de fruits de notre imagination ? Après tout, l’essentiel n’est-il pas d’aller vers Dieu ?
Ce dont nous sommes certains cependant, en tant que chrétiens, c’est que Dieu prend à contre-pied notre imaginaire quand il se révèle par son Fils. Déjà dans l’Ancien Testament, chez les prophètes en particulier, il se montre tendre, compatissant, il pardonne, montre sa préférence pour les petits… Il exprime son horreur des sacrifices et récuse dans le livre de Job notre conception d’un Dieu qui punit et récompense. Nous faisons un pas de plus avec le Nouveau Testament où le Père, quand il se dit par son Fils, nous prend par la douceur, par la tendresse, il nous pardonne et nous rejoint dans notre faiblesse et la misère qui nous habite. Il accepte de souffrir et de mourir pour nous. Le grand Dieu se fait petit enfant pour se faire accepter.
Nous sommes pourtant tellement attachés à nos conceptions que nous ne pouvons pas nous empêcher d’être un peu décontenancés quand l’Église nous présente comme roi un Dieu suspendu à une croix, supplice infamant s’il en est. On a beau nous dire qu’il va ressusciter, cela ne nous rassure qu’à demi. Quelle curieuse manière de nous sauver !
Les manières de faire de ce Dieu qui vient jusqu’à nous en Jésus, si l’on en croit les évangiles, ne nous comblent qu’à moitié tant elles ne vont pas dans le sens de nos attentes… Jésus n’est pas le surhomme dont nous aurions rêvé et, comme Dieu, nous désirerions plutôt quelqu’un qui intervienne plus directement dans les affaires du monde. Sa royauté est pour le moins atypique : il lave les pieds de ses disciples avant de finir comme un criminel rejeté de tous.
Quant au contenu de son message, le seul chemin qu’il nous indique est celui de l’amour, ce qui reste un peu général même si cette voie dont il est question doit être vécue à son exemple, ce qui tendrait plutôt à nous inquiéter davantage ! Jean complique encore la situation en disant que Dieu se révèle à travers l’amour que vivent les disciples du Fils puisque pour citer le verset 12 au complet : « Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et, en nous, son amour atteint la perfection. »
Témoigner de Dieu par l’intermédiaire de grandes proclamations, faire du porte-à-porte, prêcher des valeurs, défendre une morale pourrait être à notre niveau. Mais nous devons faire comme Dieu qui se révèle dans le Christ à travers la faiblesse d’une vie donnée, nous devons témoigner à son image non pas d’abord par des discours creux mais par notre manière de communier à la vie de nos frères. L’entreprise est à risque mais si ceux qui nous entourent se reconnaissent en nous, en particulier dans la manière dont nous faisons communauté, peut-être pourrons nous ainsi leur ouvrir le chemin qui, par le Christ, conduit à Dieu le Père.