Annonciation et Visitation : deux bonnes nouvelles


Voici donc deux épisodes de la vie de la Vierge Marie, vie qui n’en comporte pas beaucoup…

Tout d’abord nous avons l’Annonciation : dans le genre « bonnes nouvelles », c’est ce que l’on fait de mieux ! Celui que l’on attendait depuis longtemps en effet, le Messie, il est annoncé, il vient… Mais problème : il dérange ! La vie de la Vierge en est bousculée, Marie est pleine de questions… Par la suite, cela ne va d’ailleurs pas se simplifier pour tous ceux qui, comme elle, sont en attente. Ils s’aperçoivent vite que celui qui devait être le Messie ne correspond pas vraiment à ce qu’ils avaient imaginé de lui ; il entre mal dans leurs projets. Il vient comme un pauvre, un enfant, il privilégie les petits, il bouscule les traditions au point de progressivement monter tout le monde contre lui. Le libérateur n’agit pas dans le sens souhaité et il est rejeté.

C’est souvent le cas : les vraies « bonnes nouvelles » ne sont pas simples à accueillir contrairement à celles qui plaisent tout de suite parce qu’elles vont dans le sens de nos désirs immédiats. Comme elles confirment nos idées et confortent nos intentions, nous n’avons pas trop de mal à les accepter et à les mettre en pratique. Cependant, le gain immédiat que procure leur mise en œuvre ne fait pas véritablement grandir. Les petites joies qu’elles provoquent, bien qu’agréables, ne sont pas toujours suivies d’un progrès sur le long terme. Elles sont sans lendemain… ce qui, certes, peut suffire à certains !

D’autres nouvelles se révèlent cependant plus propices à un bouleversement réel. Mais celui qui est un peu frileux ne les accepte pas aussi facilement parce qu’elles augurent des remises en cause exigeantes. Si, pourtant, nous les prenons en compte, elles nous font grandir et, nous le savons, elles nous font entrer dans une joie profonde et durable. Nous ne devrions juger des voies qui s’ouvrent à nous que sur le long terme mais les bonnes nouvelles nous dérangent parfois.

La Visitation suit immédiatement l’épisode précédent dans la vie de Marie. La joie apportée par les bonnes nouvelles se partage en effet. Difficile de garder pour soi ce qui transforme radicalement notre existence ! Marie, au lieu de se replier sur sa joie et sur ses interrogations, se déplace. En l’occurrence il n’y a là rien que de très banal : une femme qui vient juste d’apprendre qu’elle va avoir un enfant part aider sa cousine qui en est à son sixième mois. Mais la Visitation n’est-elle pas surtout une invitation à faire en sorte que nos joies, loin de nous refermer sur nos préoccupations, nous sensibilisent au contraire aux attentes de ceux qui nous sont proches ?

Ce déplacement ouvre la possibilité de rejoindre les autres dans ce qui fait leurs raisons de vivre ou dans ce qui les bloque dans leurs limites. Ce devrait être pour nous une préoccupation constante, sauf que cela nous place souvent en décalage par rapport aux aspirations de ceux qui sont différents de nous, ceux avec qui il nous arrive parfois de vivre une sorte de concurrence. On peut même éprouver de la jalousie à leur égard s’il s’avère que leur joie dépasse la nôtre alors qu’ils ne l’auraient pas « méritée »… 

La Visitation n’est donc pas une simple visite mais un déplacement exigeant qui ouvre à un partage sur l’essentiel. Il s’agit d’oser quitter son environnement habituel pour se risquer chez l’autre, ce qui suppose qu’il accepte de me recevoir et que je vienne jusqu’à lui sans prétention. Ce mouvement est difficile tant nous apprécions d’être en terrain connu, d’aller en visite chez des personnes qui nous ressemblent. La Visitation nous décentre au contraire en nous faisant entrer dans l’intimité de gens qui nous sont étrangers, qui nous mettent mal à l’aise, qui nous choquent parfois. Ils sont nombreux, ceux dont la rencontre nous demande un effort simplement parce qu’avec eux, nous pénétrons en terrain inconnu sans chercher à leur faire la leçon.

Marie n’est pas sortie indemne de sa rencontre avec l’ange mais elle ne s’est pas enfermée pour autant dans ses états d’âme. Reconnaître que d’autres autour de nous portent le Seigneur est une bonne raison de laisser de côté nos problèmes afin de nous retrouver en sympathie avec ceux qui nous entourent.