Chercheurs

« Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? » Mt 11, 7

Telle est la question que pose Jésus à ceux qui l’entourent. Manifestement ils n’y sont pas allés pour faire du tourisme, encore moins pour gagner en renommée ou pour des intérêts financiers. Ils y ont été attirés par la réputation d’un homme étrange, Jean Baptiste, plus disposé à les provoquer par la dureté de son discours que de les prendre dans le sens du poil.

Leur vie était normale, sans doute, mais ils ressentaient un manque en eux qui les poussait à aller voir ailleurs, à chercher ils ne savaient pas quoi…

Nous souffrons aussi de manques, souvent mal définis. Nous les comblons en nous faisant plaisir, en pensant aux cadeaux de Noël, à ces bons repas que nous allons déguster ensemble, à des vacances, à de l’argent à gagner, à des prises de pouvoir à notre portée… Nous sentons cependant que cela ne nous comble pas vraiment, qu’il faut sans cesse en rajouter du côté de ces petits plaisirs et les reproduire si nous voulons conserver le moral…

C’est peut-être le moment de nous demander ce que nous recherchons vraiment, ce qui est censé nous faire vivre pleinement, même sans rêver d’atteindre jamais le bonheur total. Je me suis posé la question en pensant que mes réponses pouvaient rejoindre celles de certains.

Il me semble que ce que je recherche avant tout, c’est l’amour, « gros mot » s’il en est ! Pas le « grand amour », ça m’a passé ! Mais je cherche l’affection des autres, de ceux qui m’acceptent tel que je suis, ces liens tissés sur le long terme et qui structurent ma vie, ces amis fidèles que je peux rencontrer sans me poser de questions ; j’apprécie les cadeaux mais le plus beau est sans conteste ce qui a grandi entre nous au fil des années et qui fait désormais partie de moi. Les témoignages d’amour, je les rencontre également grâce à ceux qui me livrent un peu de leur intimité, ceux dont la confiance va jusqu’au partage de leurs joies et de leurs peines, qui, sans devenir des amis pour autant, m’ouvrent à leurs préoccupations et avec qui je fais un bout de route dans un soutien réciproque.

Mon amour devrait aller également jusqu’à l’acceptation du différent, de l’autre qui me choque par ses idées et ses manières de faire, de celui qui me refuse je ne sais pas trop pourquoi, de celui dont la pauvreté me questionne en me laissant désemparé devant ma lâcheté… Cet amour est le plus difficile et pourtant il fait grandir.

Et vous, quel est cet amour vers lequel vous tendez au-delà des petits plaisirs de l’existence ? Si du moins vous refusez de vous contenter de ces derniers…

La vie éternelle est ma seconde attente, un autre « gros mot » étrange, horizon de l’existence des croyants mais surtout ouverture de chaque instant de l’aujourd’hui à l’irruption d’une présence de l’Autre. Le quotidien ne sombre plus dans la banalité s’il est habité par la proximité de celui qui m’aime et me donne la vie. Savoir que nous ne sommes pas seuls, même quand on ne ressent rien, lorsqu’on est dans le doute ou dans une nuit rarement traversée d’un rayon de lumière, voilà le rêve des croyants qui prend un peu d’épaisseur lors de temps de prière, de célébrations et de relectures des événements marquants qui jalonnent notre vie.

La vie éternelle, ce n’est pas un autre monde qui nous inviterait à nous éloigner du premier : c’est le nôtre, parce qu’il n’y en a pas d’autres, mais saturé d’une présence qui nous appelle à briser nos enfermements. Jésus l’appelle Royaume de Dieu, horizon de nos attentes, mais qu’il est possible de vivre par anticipation à chaque instant. Loin de nous détourner du monde, cette quête nous y replonge au plus profond.

Et vous, est-ce que vous avez envie de vous ouvrir à la vie éternelle ?