
« Et surtout la santé ! » Ce souhait, on n’a pas fini de l’entendre… Mais la fête de l’Épiphanie nous met sur une autre piste : « Cherchez la source ! ».
Par cette fête, nous apprenons que trois personnages sont venus rendre visite à Jésus enfant : des mages, c’est-à-dire des savants, ou des sages, ou peut-être les deux à la fois ce qui est assez rare. Peut-être étaient-ils rois comme le veut la tradition. Ils semblent en tout cas ne manquer ni de connaissances ni de richesses au vu de leurs cadeaux. Cependant, ils devaient attendre davantage de la vie que ce qu’elle leur a donné puisqu’ils prennent le risque de se mettre en marche derrière l’étoile qu’ils ont découverte, sans bien savoir où elle allait les mener…
Ils croyaient que l’apparition d’une nouvelle étoile dans le ciel annonçait une naissance exceptionnelle. C’est donc animés de cette foi qu’ils quittent les certitudes de leurs sciences pour s’aventurer vers l’inconnu.
Pour eux, l’annonce ne pouvait concerner qu’un haut personnage. Aussi, logiquement, à l’approche du but, prennent-ils des renseignements auprès de l’homme le plus en vue de la région : le roi Hérode. Ce dernier leur donne une indication de lieu mais il craint surtout pour son trône. Agrippé à son petit pouvoir à l’inverse des mages, il est incapable de s’ouvrir à une nouvelle qui risque de mettre en péril son statut privilégié. Nos voyageurs ont frappé à la mauvaise porte.
Il faut dire qu’à suivre une étoile, ils avaient le regard fixé sur le ciel comme beaucoup qui pensent que les solutions ne peuvent venir que d’en-haut et qui se tournent volontiers vers les puissants. Pour qu’ils regardent vers le bas, il a fallu que l’étoile elle-même leur fasse baisser les yeux vers une étable…
Nous sommes tous les mêmes mais tout dépend de la manière dont nous nous mettons en recherche. On peut être fascinés par le pouvoir, avides de rassembler le plus grand nombre possible de connaissances, être en quête de ces sécurités qu’apportent, nous semble-t-il, la domination, l’avoir, l’autonomie personnelle… Cependant dans ce cas, l’accumulation nous enferme sans jamais nous orienter vers la nouveauté du différent. Chaque acquis est thésaurisé jusqu’à former une carapace qui exprime une méfiance vis-à-vis de l’entourage perçu comme une menace, carapace qui protège contre ce qui met en cause des assurances fragiles sans cesse remises en question.
Les mages, eux, n’étaient pas des savants rassurés par l’étendue de leur savoir. Leur orientation était différente : ils étaient tout entiers tournés vers la source du sens, tendus vers l’origine du dynamisme animant leur soif de découvertes. Sans doute ne s’attendaient-ils pas à quelque chose d’aussi simple qu’un enfant mais, comme on le voit, ils n’ont pas été rebutés par la modestie de leur découverte.
Tant de personnes partent à la recherche de l’extraordinaire alors que ce qui est à leur portée pourrait combler leurs attentes ! Nous sommes dans une société de la performance, qui nous amène à être rapidement insatisfaits de ce que nous possédons, de ceux que nous côtoyons. Il nous semble alors qu’il faut aller plus loin, toujours plus loin, dans un ailleurs qui nous échappe sans cesse, au risque de lâcher la proie pour l’ombre. La source n’est pas à l’horizon d’une quête sans fin : elle coule au plus près de notre quotidien. Elle ne s’achète pas à grand prix, pas plus qu’elle ne demande des débauches d’énergie. Il suffit le plus souvent de détourner le regard des rêves de grandeur qui nous fascinent et de vivre pleinement les promesses de l’aujourd’hui. C’est là que l’enfant nous attend.
Mais il n’intéresse pas tout le monde, pas ceux en tout cas pour qui n’importent que les résultats. Si l’essentiel est d’être beau, riche, influent, savant et en bonne santé… la source, en effet, importe peu. Elle permet cependant d’y voir plus clair dans notre parcours, de vivre plus pleinement notre présent et même de donner des ouvertures sur notre avenir. A condition de tenir compte de l’avertissement de Jean de la Croix : « Je sais bien moi la source qui jaillit et court mais c’est dans la nuit… aunque es de noche »…