
Le texte d’aujourd’hui vient en complément de celui de dimanche dernier qui nous montrait Jésus partant de son village de Nazareth pour aller à Capharnaüm, la grande ville. Ici on revient en arrière pour nous rappeler que s’il est allé à Capharnaüm, il a d’abord passé 30 ans à Nazareth avec ses parents, sa famille, ses amis, 30 ans à travailler, à vivre comme les autres. Il est resté là, caché, sans que beaucoup de monde ne se rende compte de qui il était. Ne l’oublions pas, il a suivi la loi : le texte le signale à cinq reprises. En avait-il vraiment besoin, lui qui est Fils de Dieu ? Fils de Dieu et pourtant, en plus de sa présentation au Temple, il ira même à Jérusalem en pèlerinage et se fera baptiser. Il a vécu comme un bon juif…
Oui, Jésus a tenu à s’incarner véritablement : pas seulement en prenant un corps mais en faisant partie d’un peuple et en s’y intégrant pleinement. Alors pourquoi ? L’épître aux Hébreux qui vient d’être lue propose des réponses. Certes, tous les hommes ont en commun le sang et la chair et Jésus a voulu aller jusqu’à ce partage. Cependant, naître parmi nous ne suffisait pas pour être notre frère, pour s’incarner totalement sans faire semblant d’être homme. Partager notre chair supposait en effet d’être de Nazareth (on l’appellera d’ailleurs toute sa vie « le Nazaréen »), de faire partie d’un peuple jusqu’à suivre ses lois, y compris les coutumes qui peuvent nous sembler superficielles. En s’incarnant totalement, en partageant notre condition humaine jusqu’au bout, il s’ouvrait la possibilité de nous arracher au mal, nous libérer du péché et nous sauver.
En quoi cela nous concerne-t-il, en quoi cela nous aide-t-il à ne pas en rester à la superficialité de notre humanité ? Nous nous laissons souvent aller à critiquer le monde comme si nous étions au-dessus de lui, tellement parfaits que nous dominerions les autres. D’autres critiquent l’Église… Je ne veux pas donner à penser que l’Église serait parfaite, pas plus que le monde, mais je crois qu’il faut aimer ce monde qui n’est pas parfait, l’aimer simplement parce que c’est notre monde et que nous n’en avons pas d’autre. Il faut s’incarner dans notre Église telle qu’elle est, avec ses défauts, parce que c’est notre Église, notre mère.
Comme Jésus a voulu être de son peuple, nous aussi nous avons à nous reconnaître de notre monde, de notre Église. Impossible de partager la Bonne Nouvelle de Jésus sans être reconnu comme un frère par ceux qui nous entourent. S’ils nous reconnaissent comme l’un d’eux, simplement, ils pourront se dire : « Si cet homme qui fait partie de notre vie, qui est heureux d’être un homme, heureux d’être dans notre société, heureux dans son Église, si cet homme vit véritablement de la foi en Jésus-Christ, peut-être que son message pourrait m’intéresser. »
Jésus aurait pu se mettre à part : « Moi le fils de Dieu, je ne veux pas m’abaisser à toutes ces lois, à offrir deux colombes, je n’ai pas besoin d’être baptisé… ». Tout comme nous sommes parfois tentés de le faire, il aurait pu se tenir à l’écart : au contraire, il a préféré, lui, vivre en fraternité avec les hommes, partager leur vie, et c’est comme cela qu’il a pu nous sauver. Parce qu’il est allé jusqu’au bout de son humanité, il a pu nous annoncer la Bonne Nouvelle. Essayons à notre tour de regarder le monde et l’Église avec amour parce que nous n’avons qu’eux ; essayons d’aimer nos frères par ce que nous ne sommes pas meilleurs qu’eux et que nous avons un message à leur porter.