Manifestation

Jean 14, 21-26

Décidément les questions se succèdent dans ce texte de saint Jean que nous lisons depuis plusieurs jours. Mais vous avez vu comment chacune d’elles fait avancer le débat ? Nous faisons un pas de plus chaque fois, bel exemple de pédagogie. Après celle de Thomas et celle de Philippe, Jude questionne à son tour : « Seigneur, que se passe-t-il ? Est-ce à nous que tu vas te manifester et non pas au monde ? »

Il y a une certaine frustration derrière la question : les disciples attendent encore que Jésus prenne le pouvoir et impose largement sa domination ; alors une manifestation à quelques-uns leur semble insuffisante. On peut se sentir honoré de faire partie du petit nombre des élus devant qui Jésus va se manifester sauf si on souhaite une victoire globale sur le monde, ce qui est le cas des disciples et le nôtre aussi il faut bien l’avouer.

Or Jésus demande un préalable : « Celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l’aimerai et je me manifesterai à lui. » Il faut d’abord l’aimer. Jamais Jésus ne s’est manifesté au grand nombre après sa résurrection, seulement à quelques disciples capables de le reconnaître. Sa victoire sur la mort aurait pu être plus éclatante, il aurait pu lui faire une large publicité mais tel n’a pas été son choix. Il ne s’est manifesté qu’à ceux qui l’aimaient.

Il en a été de même tout au long de sa vie. La venue du Fils de Dieu en ce monde a eu lieu dans un tout petit pays, occupé de surcroit, au sein d’un petit peuple, certes choisi par Dieu depuis longtemps mais qui ne l’a même pas reconnu. Il n’est pas parti à la conquête du monde. Stratégiquement ce n’était pas une bonne méthode, il aurait bien fait de s’entourer de conseillers en communication !

Ce ne sont pas les manières de notre Dieu. Il veut être choisi librement, jamais il ne s’imposera. Certes, pour l’aimer il faut déjà le connaître et c’est pour cela qu’il s’est révélé en Jésus Christ mais il propose son amour sans l’imposer, il se propose à l’amour comme un pauvre qui demande à être aimé, comme un amoureux qui cherche le regard de l’autre.

Cela gêne un peu Jude et ne nous satisfait pas pleinement, reconnaissons-le. Nous aurions d’autres ambitions pour lui, nous l’aimerions plus conquérant. Mais si ce Dieu ne nous plait pas, il y a d’autres religions… Il est difficile de nous habituer aux manières de faire de notre Dieu !

Sommes-nous d’accord avec la méthode de Dieu ? Non pas une conversion de masse passant par des manifestations de force et des prodiges mais par une lente adhésion volontaire à son message d’amour ? Nous sommes impatients que le règne de Dieu vienne sur la terre comme il l’est déjà dans le ciel. Mais Dieu n’est pas pressé, il est toute miséricorde pour ceux qui l’ignorent et il attend patiemment ceux qui voudront bien le reconnaître.

« Celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l’aimerai et je me manifesterai à lui. »