Jugement

 Jean (3, 16-21)

Aujourd’hui nous continuons à suivre le dialogue entre Jésus et Nicodème.

Dans ce passage il est beaucoup question de jugement. Entre jugement et condamnation le passage est facile, trop facile. Est-ce que cela veut dire que ceux qui ne croient pas en Jésus seront condamnés ? Être jugés, c’est être évalués, la condamnation n’est pas automatique.

Jésus, déjà, affirme qu’il n’est pas venu pour juger le monde mais pour le sauver. Donc au moins, s’il y a jugement, il ne vient pas de lui.

Mais même si on en reste au jugement : il n’est pas condamnation mais la simple mise en évidence des conséquences de nos choix : qu’est-ce que nos choix manifestent ?

Que nous dit Jésus dans ce texte de saint Jean : « Le jugement le voici : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. » Nous sommes mis face à nos choix : est-ce que nous allons vers la lumière et qu’est-ce que nous préférons laisser dans l’ombre ?

Bien sûr, il n’est pas question d’être totalement transparents. Nous avons tous nos zones d’ombre mais il s’agit de faire la différence entre ce qui est le fait d’une pudeur bien compréhensible, du respect de l’autre qui passe par des choses qu’il vaut mieux ne pas étaler et puis ce que nous cherchons à cacher parce que nous n’en sommes pas fiers.

En l’occurrence le jugement ne passe pas par le fait que nous croyons ou non en Jésus mais par la transparence de notre comportement. Avons-nous l’âme tranquille ? Celui qui est en paix avec lui et avec les autres n’est pas angoissé par la rencontre. 

Ce qui nous rend agressifs, peureux, c’est le fait que nous avons des aspects de notre vie à cacher et que nous avons peur qu’ils soient découverts. Nous sommes tellement soucieux de notre image que nous redoutons que nos failles soient mises en lumière. Alors nous nous entourons de protections. Celui qui est en paix avec lui-même ou qui assume paisiblement ses limites ne craint rien de la rencontre et ne se soucie pas de ce que les autres vont penser de lui. Il n’est plus en représentation, il ne fait plus son cinéma, il est en vérité et n’a pas peur de venir à la lumière.

Pour nous chrétiens, c’est Jésus qui est la lumière vers laquelle on va ou dont on s’éloigne parfois quand on a honte de nos pensées ou de nos actes. Mais cette lumière est la même pour tous et nous nous en approchons sans crainte. Si nous n’avons pas peur, si nous sommes sans inquiétude, ce n’est pas que nous serions sûrs de nous-mêmes, nous sommes sans illusions, mais à cause de la parole de Jésus : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. »

Mettre en lumière le mal qui est en nous, dans les autres, dans le monde est bien utile pour nous inciter à mettre de l’ordre mais c’est avec nos zones d’ombre que nous sommes aimés. Et c’est parce que nous sommes aimés que nous devenons capables de chasser les ténèbres.