Parole vive

Jean 16, 12-15

Jésus n’a pas pu tout nous dire, les premiers témoins auraient été incapables de tout porter, il en est de même pour nous aujourd’hui. Nous avons besoin de l’Esprit de Dieu pour accéder à la vérité toute entière qui se révèle progressivement. Tel est le message de l’évangile d’aujourd’hui. La Parole est toujours vivante. Elle ne s’enferme pas dans des mots, dans une langue particulière dont il ne faudrait pas s’écarter, dans une approche culturelle à laquelle il faudrait rester fidèle. Inutile d’envier ceux qui ont rencontré Jésus du temps où il était sur la terre. Le mystère qui est à notre portée est plus important que celui des origines. Il a été explicité, développé au fil de l’histoire par une foule de spirituels en Église. Là est notre chance.

Certes les bases n’ont pas changé et c’est pour cela que nous revenons sans cesse aux textes des évangiles mais elles ont pris des formes nouvelles au long des siècles. De dogmes comme l’Incarnation, la Trinité et tous les autres se sont enrichis de dimensions que les premiers témoins n’avaient pas perçues. Certains crieront à la trahison, d’autres penseront, comme c’est suggéré dans l’évangile d’aujourd’hui, que c’est l’Esprit saint qui nous conduit vers la vérité toute entière et que notre marche est sans fin.

Il est vain pour autant d’attendre des révélations fracassantes qui viendraient changer notre foi en profondeur. Aucune vision, aucune apparition, aucune parole soi-disant venue d’en haut ne saurait amener des changements radicaux. Jésus Christ est la Parole définitive, le Verbe de Dieu et rien ne peut venir en dehors de lui ; mais parce qu’il est ressuscité, il est toujours vivant et présent parmi nous par son Esprit. Il est notre référent ultime mais qui peut contenir des richesses insoupçonnées.

Voilà pourquoi les chrétiens résistent à ce que leur religion soit intégrée dans l’ensemble des religions du livre. Ils se disent disciples du Christ et non d’un texte de Jean, de Pierre, Paul ou d’un autre parmi ceux qui nous ont introduits dans la foi ; parce que ce Christ est vivant au point qu’il est impossible de l’enfermer dans un texte ou un témoignage particuliers il est sans cesse à découvrir.

Il faut certes un cadre directeur. Le fait que la Parole soit vivante ouvre la porte à de nombreuses dérives. Les hérésies se sont multipliées au fil des siècles. Cela ne veut pas dire que ceux qu’on appelle les hérétiques parce qu’ils ne sont pas de notre tendance seraient des mauvais chrétiens. Leur foi est véritable et tout à fait respectable mais quand on est d’une Église on pense que les autres insistent exagérément sur un élément de la doctrine au détriment des autres et de la cohésion globale. Cela n’empêche pas qu’ils peuvent nous aider à mieux comprendre certains visages de Dieu.

Nous percevons cette diversité concrètement quand nous côtoyons des chrétiens d’autres cultures. Leurs approches sont différentes et elles peuvent même nous choquer, leur expression religieuse prend des formes qui nous sont étrangères, il n’y a pas que les mots qui diffèrent ! Nous reconnaissons leur fidélité à la personne de Jésus sans être capables de prendre leurs chemins. Ils nous laissent perplexes, admiratifs, envieux ; nous voyons bien que nous ne sommes pas comme eux tout en les regardant comme des frères. Jésus vit dans des cultures qui ne sont pas les nôtres.

Nous nous rendons compte également que la Parole est vivante quand nous approchons des diverses traductions. La plupart d’entre nous sont incapables de revenir au texte grec original et même si nous le faisions cela ne supprimerait en rien la diversité de nos approches. Lire la Parole dans des traductions différentes bouscule d’une manière intéressante nos habitudes. Nous connaissions un texte par cœur et un mot ou une expression traduits différemment réveillent notre intérêt et nous aident à penser. J’en connais qui ne supportent pas le changement et restent fidèles à une traduction particulière à laquelle ils se sont habitués. C’est bien dommage ! Nous-mêmes changeons au cours de notre vie, notre société évolue elle aussi, notre foi est prise de même dans une histoire et la Parole nous rejoint là où nous en sommes. La diversité des traductions, nouvelles ou anciennes, proches du mot à mot ou à prétention littéraire, nous aide à trouver des mots nouveaux à mettre sur la manière dont nous croyons et à faire preuve d’imagination à notre tour.

Traduttore traditore disent les italiens, le traducteur est un traître. C’est vrai quand les paroles sont gravées dans le marbre et intangibles mais pas quand il s’agit d’une parole vivante qui s’adresse à des hommes vivants. Le traducteur est alors un passeur. La Parole est une route à prendre et non un trésor à préserver jalousement.