Proximité

Jean 14, 15-21

Le texte de cet évangile parle beaucoup de proximité. 

Certes, les disciples de Jésus vivent plutôt ce moment où Jésus retourne vers son Père comme un éloignement, une perte, d’autant plus qu’ils venaient de retrouver celui qu’ils croyaient avoir perdu à jamais.

Jésus avait été proche d’eux pendant quelques années mais cette présence restait limitée dans l’espace comme dans le temps. Il avait comme tout le monde de la famille, des amis, des ennemis, des disciples qui le suivaient, des gens qui étaient séduits un moment par son personnage et qui l’ont abandonné tandis que d’autres lui sont restés fidèles… Il habitait un petit pays dont il n’a jamais dépassé les frontières et son réseau est resté somme toute assez limité. Ressuscité, il lui en fallait plus.

C’est pour cela qu’en retrouvant son Père, loin de nous abandonner, il fait en sorte que sa présence devienne universelle. Il se rapproche de chacun, il nous dit « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Cela passe concrètement par le fait que le Père nous envoie son Esprit comme le dit le texte, c’est-à-dire que la force d’amour qui unit le Père et le Fils se répand dans le monde et rejoint chacun d’entre nous servant de lien entre les hommes et avec la Trinité divine.

Par son ascension Jésus ne nous quitte donc pas vraiment ; sa présence devient universelle alors qu’elle était limitée jusque-là à un tout petit territoire et à un petit groupe de relations. Cette proximité prend des formes multiples. L’Esprit nous éclaire sur sa parole qui a été transmise par ses disciples et qui vient jusqu’à nous par les évangiles relus en Église, il nous donne accès aux sacrements, en particulier l’eucharistie qui est une manière toute concrète de communier physiquement à ce qu’est désormais le Christ ressuscité.

En outre, l’Église, malgré toutes ses limites, est le corps du Christ auquel nous sommes greffés par le baptême et par les moments que nous partageons avec elle dans une vie de communauté. Une telle proximité n’est donc pas uniquement spirituelle, je la dirais plutôt charnelle tant Jésus a multiplié les moyens pour nous permettre de vivre pleinement de sa vie.

Certes, nous avons souvent tendance à réduire notre foi à un ensemble de valeurs morales que nous nous efforçons de respecter et de transmettre aux enfants pour qu’ils s’intègrent au mieux dans la société. Mais le désir de Jésus va bien au-delà puisqu’il veut faire de nous une famille rassemblée en son corps.

Le projet va même encore plus loin : c’est Dieu par ses trois personnes qui cherche à nous intégrer à sa vie. Jésus dit de l’Esprit de vérité qu’on le connaît car il demeure auprès de nous et il est en nous. Chaque mot porte : il s’agit d’une véritable force que nous côtoyons, qui nous habite, un courant d’amour qui nous entraîne. Il dit ensuite : « Vous me verrez vivant et vous vivrez aussi. En ce jour-là vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi et moi en vous. » Promesse de vie éternelle, intégration dans la vie de Dieu…

Nous n’en demandions pas tant ! Nous avons sans doute du mal à entrer dans cette perspective tellement elle nous dépasse. Et pourtant elle répond à nos attentes, nous qui sentons souvent à l’étroit dans nos existences étriquées. Nous souffrons des limites qui nous enferment et de nos projets qui sont sans cesse remis en cause ou qui nous laissent insatisfaits. Nous n’osons pas croire à cette ouverture infinie : entrer dans la vie même de Dieu, y être intégrés, nous y retrouver enfin chez nous avec tous ceux que nous sommes appelés à aimer, enfin dans la paix… 

Certes nous sommes bien loin de réaliser pleinement ce programme ambitieux mais au moins nous pouvons commencer à en vivre même si c’est d’une manière imparfaite. Ce n’est pas uniquement pour plus tard : dès aujourd’hui nous pouvons en goûter quelque chose dans la foi et dans des moments privilégiés. En fait ce rêve que nous propose Jésus nous aide à vivre notre quotidien qui s’en trouve ré-enchanté parce qu’il est arraché à la banalité, nous qui espérons qu’il ne s’agit pas d’un rêve !

Est-ce raisonnable d’y croire ? Peut-être pas mais, au-delà de la raison c’est la promesse que Jésus nous fait en sa qualité de Fils de Dieu, au nom de son Père, dans l’Esprit… Est-ce que nous y croyons au point d’essayer d’en vivre ?