
Le pape François a instauré l’année dernière le dimanche de la Parole de Dieu et c’est aujourd’hui. Dans l’Évangile de ce jour, Jésus proclamait : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ». Alors comment aborder cette Bonne Nouvelle ? Nous avons un premier indice dans l’Évangile d’aujourd’hui. L’histoire est la même que celle de dimanche dernier : Jésus appelle ses premiers disciples. Les noms sont à peu près les mêmes aussi sauf que Jean Baptiste n’est plus un acteur, ce qui change la dynamique de l’appel. Ces différences indiquent une première caractéristique de la Parole de Dieu pour nous, chrétiens : elle n’est pas unique.
Déjà les Évangiles sont quatre sans compter les lettres de Paul. Aucun de ces récits ne prétend à la vérité absolue, chacun raconte la manière dont des disciples se sont approchés de Jésus, comment ils l’ont découvert, qu’est-ce qu’ils en ont vu, qu’est-ce qu’il leur a fait vivre ? Bien sûr les communautés étant différentes, ce n’est pas la même histoire que les Apôtres rapportent et il faut se garder de les uniformiser.
En effet, selon les chrétiens, il existe plusieurs façons d’aller vers Dieu et c’est pour cette raison que tous apprécient la diversité des Écritures, sans compter les traductions multiples qui évoluent au gré des découvertes exégétiques et de l’évolution des mentalités. Mais surtout, la Parole de Dieu n’est pas une parole morte, fixée une fois pour toutes. Née au sein de plusieurs groupes humains aux traditions diverses, elle demande qu’on l’interroge encore et que l’on se laisse interroger par elle.
De plus, la Bible utilise de nombreux genres littéraires. Il faut lire Jonas, d’où est tirée la première lecture : c’est un conte merveilleux. Le prendre à la lettre serait un contresens, il est plus proche d’un dessin animé (il a d’ailleurs été mis en image avec Pinocchio comme héros !). Ce livre est trop fantastique pour être lu comme une histoire réelle mais son message est d’une ouverture extraordinaire : il proclame à des Juifs sceptiques et à nous, qui avons tendance à l’oublier, l’universalité de l’amour de Dieu. C’est bouleversant de constater comment un conte tel que celui-ci essaie de nous ouvrir au monde entier, dans la diversité des cultures, avec beaucoup d’humour…
La deuxième lecture du jour est un autre exemple des genres littéraires présents dans la Bible : Saint-Paul nous fait un peu la morale, il nous invite à nous recentrer sur l’essentiel qui n’est pas la nourriture, ni le logement, pas plus que la famille… Il voudrait que nous nous centrions sur Jésus-Christ, le reste en découlant. C’est dans la mesure où nous vivons pleinement de Jésus-Christ que notre vie s’enrichit dans les autres domaines.
Ce ne sont que quelques exemples de la diversité de la Parole de Dieu. Les canaux qu’elle prend sont multiples, comme les genres littéraires : elle s’adresse à toutes les cultures et nous héritons de cette construction.
Alors cette parole, est-ce que nous la lisons ? Parce que c’est bien d’avoir nos petites coutumes, notre façon de prier, nos formes de piété particulière : chapelet, adoration, dévotions… à condition de ne pas oublier que le centre de notre foi, son fondement, est cette Parole de Dieu. C’est sur elle que notre foi est bâtie. Est-ce que nous la lisons, cette parole ? Tous les jours ? Est-ce qu’elle est importante pour nous ? Est-ce qu’elle nous devient familière ? Est-ce que nous utilisons les moyens qui nous sont offerts pour accéder à la Parole de Dieu ? Peut-être que nous nous contentons trop facilement d’une petite prière le matin, une petite prière à midi, une petite prière le soir, de temps en temps la messe…
Le pape en instaurant ce dimanche de la Parole nous invite à nous interroger : est-ce que notre vie de chrétien est construite sur l’Écriture ? Est-ce que nous y revenons sans nous lasser ? Est-ce qu’elle nous anime de l’intérieur ? Elle est vivante, la Parole, ne la laissons pas enfermée dans un livre, elle s’adresse à nous et nous appelle à vivre et à avancer.