
Marc 4, 35-41
Les disciples embarquent Jésus « comme il était », avec sa fatigue d’une dure journée. Depuis le matin, il a parlé aux gens, leur a enseigné la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu et, le soir venu, ils le prennent comme il est, dans leur barque où il s’endort. Quand la tempête se lève et qu’ils risquent de couler, ils se décident cependant à le réveiller…
Et nous, est-ce que, pareillement, nous prenons Jésus « comme il est » ou bien voudrions-nous à toute force qu’il corresponde à nos besoins du moment ? Estimons-nous que Dieu devrait être conforme à nos désirs ? C’est l’une des questions que pose le Livre de Job, magnifique méditation sur le mal dans le monde. Dans cet écrit, le prophète Job ne cesse pas de protester contre Dieu : pourquoi tu m’envoies tous ces maux ? Arrête de me harceler ! Laisse-moi au moins avaler ma salive… Il a de quoi se plaindre puisqu’il a tout perdu, jusqu’à sa santé. La réponse de Dieu en finale est double et assez contradictoire : il affirme d’un côté que Job a raison de réagir face aux malheurs qui l’accablent et il dit d’un autre « qui es-tu pour me faire la leçon ? Tu étais là quand j’ai créé le monde ? Tu prétends savoir qui je suis ? … Est-il bien utile de rejeter sur Dieu la responsabilité de nos maux ?
Dieu pourrait nous adresser ce reproche : qui sommes-nous pour lui faire la leçon, pour lui dire ce qu’il devrait faire, pour récriminer parce qu’il ne nous donne pas ce que nous demandons ? Dieu est Dieu et il ne suit pas nos logiques. Quant à Jésus, mieux vaut aussi le prendre « comme il est ». Il finit souvent par calmer nos tempêtes mais la foi est avant tout confiance même si je ne vois pas, si mes attentes ne sont pas comblées, même s’il me faut attendre quelquefois, ou qu’il me prend à contre-pied… c’est Dieu, il faut le prendre tel qu’il est, sans le ramener à nous.
Certes, on a le droit de récriminer comme Job ou les psalmistes : qu’est-ce que tu fais ? Pourquoi dors-tu ? Il est raisonnable de critiquer le monde comme il se présente, il est loin d’être parfait. Les disciples cependant prennent Jésus tel qu’il est, ils le font monter dans leur barque. Ils sont remplis de doute, pleins d’interrogations et de peurs… comme eux, ne faut-il pas prendre Dieu comme il est, en lui disant : « Je ne comprends pas mais je te fais confiance et je t’aime comme tu es, en espérant malgré tout que tu calmeras mes tempêtes… »