32ème dimanche

Luc 20, 27-38

Dans cet évangile il est question de vie après la mort : les sadducéens n’y croient pas et ils tournent l’idée en dérision avec une histoire qui se veut spirituelle. Aujourd’hui encore, beaucoup se moquent de ceux qui croient à une vie après la mort. Nous prendrions nos désirs pour des réalités ! Peut-être mais ce n’est pas sûr… Examinons les obstacles qui posent problème.

D’un côté, qui donc aurait seulement envie de rejoindre un Dieu qui nous observe, qui pèse nos péchés et nos bonnes actions pour décider si oui ou non nous avons droit au paradis ? Aller vers un Dieu qui tient une telle comptabilité n’a rien d’encourageant !

D’autre part, même si nous nous efforçons de nous comporter convenablement, il y a tout de même de quoi être découragé par une religion telle que l’on nous la présente parfois, c’est-à-dire quand elle insiste sur le mal qui est en nous, sur notre péché et qu’elle nous invite à faire pénitence, à mettre un frein à nos désirs de vivre… C’est comme si, pour être dans la norme, il fallait briser nos élans en nous contentant d’une vie morne, enfermée dans des règles étouffantes ! Mais à quoi bon se priver de ce qui nous fait plaisir, de ce qui nous épanouit, de ce qui élargit notre quotidien ? Il est compréhensible que, dans ces conditions, beaucoup hésitent à se lancer dans le christianisme…. La promesse d’une vie future avec ce Dieu qui se réjouirait de nos souffrances et apprécierait nos privations, n’aurait en effet rien de bien enthousiasmant… Mais Dieu n’est pas ce pervers qui pèserait sur nos vies ! Autant donc profiter de ce qui est là sans nous priver dans l’espérance d’un ciel qui comblerait nos attentes ! 

Je comprends aussi que ceux qui n’ont pas l’amour de la vie en eux, qui ne sont pas pris par le désir de partager leur existence avec d’autres, qui se contentent d’un quotidien forcément désespérant, qui ne voient pas d’ouverture dans leur avenir et donc pas l’intérêt d’aller plus loin… n’aient pas envie de poursuivre après leur mort. À quoi bon espérer une suite quand on a déjà du mal à supporter ce qui est déjà là ? Pour espérer une vie après la mort, il faut déjà aimer passionnément celle qui est ici. Si on n’aime personne sur la terre, le fait de retrouver un jour ceux qui sont morts n’a que peu d’intérêt…

Mais, si l’on en croit les évangiles, vivre de la vie de Dieu est bien autre chose. Loin d’être une punition ou même une manière de diminuer notre soif de développement, d’aimer pleinement, de dépasser les limites, elle est une ouverture démesurée… Le pape François est tout à fait dans cette ligne quand il écrit sur La joie de l’évangile. Si évangile veut bien dire « Bonne nouvelle », c’est que le message et l’exemple de Jésus est une force de vie et non un moyen de briser nos élans, il apporte la joie et combat la tristesse de celui qui s’enferme dans une morale de mort. Il nous ouvre la vie en abondance et nous invite à rejeter une existence étriquée qui nous paralyserait, à refuser de ne voir dans le monde qu’une « vallée de larmes ».

Cette vie ouverte absolument aujourd’hui, ici et maintenant , le chrétien a vraiment envie de la poursuivre après sa mort parce qu’il souffre ici-bas des multiples contraintes qui l’empêchent de lui faire prendre toute sa dimension. Ce ne vaut pas, bien sûr, pour ceux qui se contentent de leur existence présente…

Il y a une dernière raison qui nous invite à espérer à une vie après la mort mais elle n’est valable quepour ceux qui croient que nous avons dans le ciel un Père qui nous aime. S’il n’y a rien, la question ne se pose pas mais si Dieu existe, et s’il est la source de toute vie et de tout amour (ce que je crois), notre existence prend une toute autre couleur. Cela signifie que chaque fois que j’aime quelqu’un, que j’essaye de partager quelque chose avec lui, c’est la vie de Dieu qui passe par moi et qui rejoint celui que je cherche à aimer. De même, quand je vis pleinement, que je partage avec d’autres des moments de bonheur, que j’ai l’impression de grandir personnellement et avec d’autres, quand la vie l’emporte sur la mort, que quelque chose du monde change par notre engagement commun… je peux dire, dans la foi, que je permets à l’esprit de Dieu de faire grandir le monde, de bousculer les forces de mort.

Le ciel commence ici-bas s’il est bien l’expérience d’une vie avec Dieu. Je n’ai pas à attendre ma fin pour reconnaître que je suis animé par lui, c’est à ma portée tout de suite. Ce qui se passe après la mort n’est que l’élargissement infini de ce que j’expérimente aujourd’hui au cœur de mes limites.

Une vie après la mort prend sens également à partir de la souffrance qui accompagne la disparition de ceux qui nous sont chers. Ils nous manquent parce que nous les avons aimés et que nous continuons à le faire. Qui n’aime pas ne souffre pas et n’espère pas revoir ceux qui ne sont plus là. En nous plaçant à nouveau au niveau de la foi, nous croyons que l’amour qui est en nous, avant et après leur disparition, est un reflet de celui que Dieu lui-même leur porte. Si donc, nous, avec notre mémoire défaillante, nous ne cessons de laisser une place à nos disparus en continuant à les aimer, il n’y a pas de raison que Dieu n’en fasse pas de même ! Comme il est la source de l’amour que nous partageons avec les autres, il est la vie qui ne saurait s’arrêter au moment de notre passage par la mort. Si, malgré nos faiblesses, nous sommes capables de continuer à aimer ceux qui ne sont plus là, on peut penser qu’il en est de même pour les défunts quand il s’agit de Dieu. Son amour est toujours la source de leur vie et elle s’épanouit en vie éternelle.

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