Toi, Jésus, voilà que tu me dis d’avancer au large… Mais moi j’aipeur quand je vais trop loin !! Oui, j’ai peur de quitter les sécuritésde la berge, de mes habitudes, de ce que je suis capable de gérer…Je suis bien chez moi…
Le large, c’est l’aventure : je veux bien prendre des risques mais pas trop ! Et puis j’ai des responsabilités, il faut bien que je resteraisonnable !
Tu ne pourrais pas plutôt me demander des choses plus précises du genre : « va à la messe », « fais ta prière matin midi et soir », « sois gentil avec les autres », « fais des sacrifices sur la nourriture, sur les plaisirs »… Bref des choses concrètes. Je ne te dis pas que j’yarriverai toujours mais au moins je peux faire des efforts et puis,quand je ne le ferai pas, tu me pardonneras… C’est pratique qu’on puisse demander pardon pour nos bêtises mais bon, c’est vrai : cen’est pas ça, avancer au large… Le large, c’est quand tu me disd’aimer mon prochain comme moi-même. Alors là je veux bien… s’il n’est pas trop loin, s’il me ressemble, s’il ne m’a rien fait de mal. Etpuis comme moi-même je ne m’aime pas tant que ça, tu dois biencomprendre que je fasse alors le tri dans ceux que j’aime !
Toi, tu es allé au large : on me dit que tu es mort pour nous sur unecroix. À dire vrai, je n’en demandais pas tant ! Quelques conseilsm’auraient suffi, des encouragements pour m’aider à prendre lesbonnes directions, de bonnes leçons de morale pour que je me tienne bien en société, des techniques pour obtenir de Dieu desrécompenses… Même ta présence de ressuscité au jour le jour meva bien ! Mais que veux-tu que je fasse avec ta croix ? C’est troppour moi ! Et puis, quand tu me dis d’avancer au large, tu veux dire quoi en fait ? Ça manque de précisions, c’est trop absolu, ça fait peur… Je sens bien que j’aurais des sécurités à lâcher mais j’ai peur d’aller vers où je ne sais pas parce qu’il me faudrait passer par là où je ne sais pas…
C’est pareil avec ton Père : il y a trop d’amour ! Je voudrais bien faire des efforts pour gagner son amour mais à quoi bon avecquelqu’un qui nous aime quoi qu’on fasse ? Il n’est pas à vendre, tout est gratuit avec lui… c’est trop ! À quoi bon faire des sacrifices pour lui ? Il nous demande d’aimer, pas de nous punir. Qu’est-ce que je pourrais te donner, Père, pour obtenir ta grâce ? Je n’ai rien et tu me donnes tout avant même que je te demande. Je n’osemême plus te prier, je me contente de rester devant toi en essayantde m’ouvrir à toi pour te laisser de la place… Je suis tellementencombré que je comprends que tu aies du mal à venir jusqu’àmoi !
On me dit aussi que je suis un pécheur. Sur ce point au moins, jen’ai aucun doute… Je ne me fais guère d’illusions sur mesperfections. Mais je n’ai pas envie de me culpabiliser sans cesse enrevenant sur mes fautes ! Tu me dis d’aller plus loin et non pas de me bloquer sur mon passé. En réalité, je sais très bien ce qu’ilfaudrait que je fasse pour avancer au large: est-ce que tu esd’accord pour que je fasse ça à mon rythme ? Aide-moi au moins àne pas m’arrêter ! Je commence presque toutes mes journées par ces mots de la prière des Heures : « Dieu viens à mon aide, Seigneur à notre secours ». Tu sais, y compris quand je ne vais pas bien, jet’aime tout de même et toi, je le crois, tu m’aimes infiniment plus…
