
Je suis atterré par tout ce que j’apprends sur l’Église. Comment est-ce possible ?
Tant de révélations sur les actes de pédophilie, sur l’homosexualité, viols de religieuses… jusqu’au sommet de l’Église ! Et venant de gens qui se permettent de faire la morale ! Je savais bien sûr que cela existait depuis longtemps mais je n’imaginais pas que cela atteignait de telles proportions. Nous vivons une crise comparable aux pires moments de l’histoire de la chrétienté.
Existe-t-il de quoi se réjouir ? Sans doute vaut-il mieux que ce qui était caché honteusement éclate enfin au grand jour malgré les dégâts qui s’ensuivent. Il fallait crever l’abcès, aussi énorme soit-il. Le scandale n’a que trop duré mieux vaut l’affronter en face… Mais que faire ?
S’il vous plait, permettez-moi de répondre à la question depuis le petit bout de la lorgnette des prêtres, placés dans une situation qui nous est particulière. Il y a en effet des chrétiens qui nous trouvent exceptionnels. De par notre ordination, nous aurions toutes les qualités ; en ligne directe avec le Saint Esprit nous aurions des lumières uniques sur toutes choses avec des pouvoirs hors du commun. Comment certains, raidis dans leur soutane ou à l’abri de leur col romain, ne se prendraient-ils pas dès lors pour des êtres supérieurs à qui tout est permis ? Et je ne parle pas des Monseigneurs pour lesquels c’est pire encore ! Le pape François dit bien d’ailleurs que le cléricalisme est la cause principale des maux actuels de l’Église.
D’autres chrétiens, à l’inverse, sont féroces envers nous. Ils ne laissent rien passer et ne manquent pas une occasion de condamner durement nos moindres faux pas. Pas simple de se situer entre ces extrêmes !
Je le reconnais : pas plus que mes confrères, je n’ai une vie sexuelle très épanouie. Pas étonnant quand on est célibataire et sans enfants, souvent solitaire… je ne tiens que par mes amis. Je ne cherche pas pour autant à ce que l’on me traite d’une manière particulière : il y en a beaucoup comme moi… Quant aux couples, je n’en connais pas qui vivent leur amour sans difficultés, ni des parents parfaitement au clair dans leur démarche éducative. La vie affective est sans cesse à reconstruire, la mienne comme celle de tous.
Je ne cherche donc pas un statut privilégié, je suis heureux simplement lorsqu’on m’accepte avec mes fragilités au même titre que d’autres et que l’on m’accorde ce soutien mutuel, cette amitié à laquelle chacun a droit. L’amour ? Je n’en demande pas tant ! Au moins la mansuétude…
L’autre défaut que je confesse, avec beaucoup de mes confrères, c’est que je trouve ma tâche écrasante : trop de responsabilités qui dépassent nos capacités. Il n’y a pas que nous, je sais, beaucoup de gens sont écrasés par le travail qu’on leur demande, les horaires, les responsabilités, le manque de reconnaissance, la charge familiale… Je n’ai aucune envie de jouer les martyrs. Comme vous, je fais ce que je peux, de mon mieux. Comme vous, plus que des condamnations, j’attends le soutien de personnes qui acceptent de partager un peu de ma charge de même que j’essaie de soutenir ceux qui en ont besoin.
Peut-être vous demandez-vous quel est le rapport avec la crise actuelle de l’Église ? Il me semble que rien ne pourra changer tant que les prêtres ne reconnaîtront par leurs faiblesses et tant que les laïcs ne se sentiront pas solidaires pour construire l’Église.
Il m’arrive d’avoir envie de tout quitter, comme vous sans doute. Me revient alors ce passage de l’évangile de Jean quand Jésus dit aux Douze à un moment où le vide se faisait autour de lui : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » et que Simon-Pierre répond : « Seigneur, à qui irons-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » 6, 67-68