Mon Père… Padre…euh…comment faut-il vous appeler ?


Plus  d’un  pose la question…

En général, le « mon père » l’emporte, sans avoir d’ailleurs trop de signification, c’est juste comme un signe de reconnaissance et je comprends que je ne suis pas un inconnu pour celui qui s’adresse à moi de cette façon. Alors, pourquoi pas ?

Certains mettent un peu plus de contenu dans la formule : ils expriment par là que je leur ai apporté quelque chose. Ça fait toujours plaisir de penser qu’on a pu être utile à quelqu’un… Après tout, comme la fécondité du couple ne se limite pas au fait d’avoir des enfants, on peut penser que le prêtre vit une certaine paternité même sans enfant…

Pourtant, un certain malaise s’installe quand on se rappelle les paroles de Jésus : Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieuxMt 23, 9. Bien sûr, il ne pensait pas aux prêtres de l’Eglise qui n’existait pas encore et ces mots ne les concernent pas eux uniquement. Sans nier que nous devons une partie de notre vie et de ce que nous sommes devenus à certains de nos proches, Jésus nous rappelle par cette phrase que c’est le Père, celui qui est aux cieux, qui nous donne la vie en plénitude. Certes, ce n’est pas minimiser pour autant la place unique de notre Père du ciel que de reconnaître que nous vivons aussi par les autres, dont le prêtre fait partie aux yeux de beaucoup.

Une gêne persiste cependant si le titre de « père », donné à certains, instaure une distance, évoque une supériorité de l’état clérical sur l’ensemble des fidèles. Lors de notre baptême, il nous est dit en effet que nous devenons chacun « prêtre, prophète et roi ». Les manières de concrétiser ces titres sont certes diverses mais nous sommes tous appelés à mettre en œuvre cette dignité pour que l’Église soit enrichie. Il est donc désolant de voir des chrétiens n’être au mieux que des exécutants, au pire des consommateurs face à des prêtres qui se comportent comme des gestionnaires entourés de quelques laïcs se prenant pour l’élite des croyants !

Vous l’avez compris : je préfère qu’on m’appelle par mon prénom, cela me suffit comme marque de respect, de reconnaissance et d’affection. Je ne me sens au-dessus de personne et je reconnais que je suis incapable, seul, d’assumer ma tâche de service de la communauté à laquelle j’ai été envoyé. J’ai besoin d’être entouré, non seulement d’une équipe de responsables performants mais aussi d’un ensemble de croyants fiers d’être « prêtres, prophètes et rois » qui se sentent impliqués dans la vie de l’Église, qui ne craignent pas de témoigner de leur foi autour d’eux et qui sont fiers de leur dignité de fils de Dieu. Seul, je ne suis rien.

Ce n’est pas un hasard si le pape François aime bien le mot de « peuple » pour qualifier l’ensemble des chrétiens : non pas un agrégat de gens côte-à-côte mais une communauté entre les membres de laquelle circule un souffle de vie, ce qu’on appelle l’Esprit Saint, dans la dynamique de Pâques.

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