Un peu de philosophie pour l’été…
Com-prendre, c’est prendre avec soi, se saisir de ce qui n’est pas moi pour en faire ma chose, pour l’assimiler. Certes, cette faculté fonctionne avec les choses que nous pouvons posséder ou apprendre mais, bien sûr, pas avec Dieu. Lui s’échappe quand on veut le saisir, il nous fait comprendre qu’il n’est pas ce que l’on croit au point que l’on en vient parfois à douter de son existence. Celui qui pense le comprendre s’est fabriqué en réalité une idole à laquelle il se donne sans s’apercevoir que Dieu a déserté l’image construite de lui. Dieu est le Tout-Autre, bien au-delà de ce que je crois comprendre de lui…
Il n’est, d’ailleurs, pas le seul dans ce cas : ceux que nous côtoyons ou que nous aimons ne finissent-ils pas eux aussi par nous dire un jour ou l’autre « Je ne suis pas ce que tu crois » ? Ceux qui refusent d’être esclaves de nos opinions ne supportent pas en effet de se sentir enfermés. Nous pensions les connaître et ils reprennent leur distance. Adultes ou enfants, tous nous obligent à dépasser nos illusions alors que nous pensions en avoir fait le tour. Nous voilà contraints de repartir « à la découverte », en acceptant de n’en avoir jamais fini de notre quête.
Comprendre est une chose, connaître en est une autre ! C’est un bien joli mot qui nous amène ailleurs : co-naître,c’est naître avec… Je ne cherche plus à me rendre maître de l’autre mais j’essaye de le rejoindre pour faire un bout de route avec lui, pour naître avec lui. Avec Dieu justement, c’est tout à fait évident : nous naissons grâce à ce courant d’amour qui unit le Père, le Fils et l’Esprit et qui, débordant jusqu’à nous, nous permet d’exister. Nous sommes les fruits de cet amour sans limite et cette naissance est en perpétuel devenir : je ne peux pas me rendre maître de cette origine divine, je peux uniquement m’en approcher pour la goûter pleinement et en vivre consciemment.
Il en est de même avec ceux que je côtoie : j’existe grâce à ceux dont je partage la vie et je suis invité à renaître chaque jour sur les bouts de chemin que nous faisons ensemble. Toutes les relations que je romps appauvrissent mon existence alors que je grandis quand je multiplie les liens qui élargissent mon horizon. Je vais rapidement m’assécher si je ne m’intéresse qu’à ce qui se passe en moi : il me faut co-naître, chercher autour de moi les sources de la Vie pour en faire ma vie.
Ainsi, comprendre, c’est toujours réduire l’autre à ce que je peux assimiler. Connaître, c’est accepter de partir à l’aventure avec d’autres, vers des horizons nouveaux qui vont m’obliger à me dépasser indéfiniment, vers une vie sans cesse renouvelée.
Puisse ce temps de vacances bousculer nos certitudes, ouvrir nos cercles trop étroits et faire que des expériences nouvelles nous permettent de grandir en profondeur…