
Nous sommes des pécheurs, la cause est entendue, mais n’est-il pas nécessaire pour autant de nous focaliser sur nos petits manquements quotidiens ? Ils blessent certes notre orgueil à cause de leur aspect répétitif et nous souffrons de ne pas être capables d’en sortir. Il nous semble que si nous commettons de gros péchés, nous serions plus motivés pour lutter contre eux mais, plus que de nos fautes, nous souffrons surtout de notre enfermement dans une triste médiocrité, obligés de confesser nos excès de chocolat et nos mensonges calamiteux…
Certains de mes amis se vantent pourtant d’être de grands pécheurs tant au niveau du nombre des fautes qu’ils commettent que de leur gravité. J’ai beaucoup de mal à les croire ! Les péchés que nous faisons sont le plus souvent d’une banalité extrême et les proches auxquels je pense ont un bon fond qui ne cesse de remonter à la surface ! Je ne connais pas de pécheurs flamboyants, encore moins parmi ceux qui se confessent…
Oui, le mal dans le monde existe, il est parfois terrifiant au point de décourager nos envies de le combattre. Reconnaissons que nous en sommes complices en permanence mais moins par des actes directement répréhensibles que par nos faiblesses, nos lâchetés, nos aveuglements volontaires… Si nous devons appeler Dieu au secours, c’est bien à cause de nos retraits au quotidien et de nos refus de nous affronter au mal, du fait que nous nous satisfaisons de la platitude de nos vies. Là est la terrible limite qui dissout nos illusions de perfection.
Faut-il pour autant entrer dans un « combat spirituel » ? L’expression est à la mode dans l’Église d’aujourd’hui. J’avoue entrer difficilement dans cette manière de voir. Le mal est un vide, un manque d’être, un manque d’amour et on ne lutte pas contre les manques, on les remplit. C’est comme le chômage si j’ose la comparaison : la « lutte » contre lui suppose de créer des emplois, de proposer des formations, de redonner de l’espoir à ceux qui n’en ont plus… Les actes concrets sont plus efficaces pour qu’ils retrouvent du travail que les grandes déclarations.
Il en est de même pour nos « penchants mauvais » : la seule façon de les contrebalancer est de s’efforcer de pencher de l’autre côté! On ne combat pas l’égoïsme : on s’ouvre aux autres, on partage, on donne… Pour ce qui est de nos passions mauvaises, on ne minimise leurs effets qu’en nous passionnant pour des causes positives ! On ne s’oppose au mauvais qu’en le compensant par du bon. Inutile de nous culpabiliser en nous fixant sur ce qui ne va pas, autant voir ce qu’il est possible de changer et prendre les bonnes directions. C’est à cela qu’aide la confession.
Cela suppose donc d’accepter notre faiblesse sans réserve, de reconnaître les limites qui nous enferment et dont nous avons peu d’espoir d’échapper, parce que là est le fond de notre péché. Il nous faut abandonner nos rêves de perfection et nous tourner vers Dieu avec confiance : « Tu me connais tel que je suis et c’est comme ça que tu m’aimes, prends pitié de moi. Je te demande juste de m’aider à faire quelques pas vers toi et vers les autres. »
Nous ne disons pas autre chose dans les dernières paroles que nous prononçons avant la communion, reprenant celles du centurion : « Je ne suis pas digne de te recevoir » mais je n’en serai jamais digne, viens quand même. Jamais je n’aurai l’audace de prétendre mériter la communion, alors je demande seulement à recevoir une nourriture pour la route. Je sais que ma guérison ne sera pas définitive mais je souhaite au moins faire quelques pas vers toi, prends pitié de ma misère.