Clinique

Depuis un mois mes parents sont en clinique. Une vraie clinique, celle où il faut payer un tas de dépassements d’honoraires pour être soigné.

C’est un établissement démocratique : toutes les blouses sont les mêmes, depuis celle du chirurgien jusqu’à celle des femmes qui portent et enlèvent les plateaux. Il n’y a pas de différences, sauf peut-être au niveau de leurs salaires.

Pas beaucoup de différences non plus au niveau de l’attention aux patients. Celui qui ne demande rien et qui a quelques visites ne recevra que le minimum d’attention ­— je ne sais pas ce qu’il en est pour les autres. Il restera avec ses angoisses et devra inventer seul la marche à suivre. « Vous n’avez qu’à sonner ! » et si la soupe est immangeable : « On n’y est pas dedans ! ». Certes… Personne ne s’inquiète quand les plateaux de repas repartent à peine entamés, chacun son travail. Le temps des femmes de service est calculé à la minute, pas étonnant que le ménage soit rapide !

Je sais bien que vous n’êtes pas assez. Il y a beaucoup de stagiaires, elles coûtent moins cher. Vous n’avez pas le temps de vous occuper des malades.

Ceci dit, l’administration a bien raison de vous traiter de la sorte. Elle réduit les effectifs, augmente vos cadences plus que vos salaires, elle vous minute, vous contrôle et vous vous soumettez. Il n’y aurait rien à faire. Les patients sont soignés mais sans plus, abandonnés, j’espère que vous en souffrez encore mais en attendant il y en a qui gagnent de l’argent sur votre dos. Ils auraient bien tort de s’en priver parce qu’en plus c’est contre vous que les gens râlent et pas contre le système qu’ils mettent en place pour profiter de vous, comme des opérés.

Il y a pire bien sûr : aux caissières des grandes surfaces on impose de dire bonjour à chaque client. Vous, vous pouvez nous croiser dans le couloir sans un regard. Un bonjour automatique de votre part ne me tente pas, mais juste un regard, l’ébauche d’un sourire me suffiraient, juste l’esquisse d’un rapport humain. Vous êtes exploitées mais nous pouvons rester des hommes si c’est la seule perspective qui nous reste.

Vous n’êtes pas les seules : j’ai été reçu hier au commissariat de police par un fonctionnaire gracieux comme une porte de prison. Au moins on est de suite dans l’ambiance ! Avant moi une femme venait se plaindre d’agressions de la part de son « ex » et un homme de menaces de mort.  Comment je le sais ? Les distances de confidentialité ne sont pas suffisantes quand on répète en claironnant ce qui devrait rester discret. Ils ne sont pas assez et, comme ils font des rapports toute la journée, ils n’ont pas le temps de s’occuper des délinquants. J‘ai déposé ma plainte sans conviction. J’ai même failli prendre un PV parce que j’étais mal garé ! Voilà au moins une chose qui fonctionne.

Revendiquer, réagir, ce n’est plus tendance, chacun cherche à sauver sa peau, je veux bien. Mais quand on en arrive à perdre les réflexes  d’humanité je suis très inquiet.

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