Parole

Jean 12, 44-50

Jésus affirme souvent qu’il ne parle pas en son nom propre mais que ce qu’il dit vient du Père. Il n’est pas un simple porte-parole qui transmettrait un message qui lui est extérieur. Il est la parole même de son Père. On ne peut séparer la parole de quelqu’un de ce qu’il est. Notre parole fait partie de nous-même comme le Fils est dans le Père mais il semble toujours qu’il y ait un antécédent à la parole, elle n’a pas sa source en elle-même sans pour autant être séparable de sa source. 

Jésus est le Verbe de Dieu, l’expression la plus parfaite possible, pour ce que nous pouvons en comprendre, du mystère divin. Quand il dit qu’il est la lumière, il faut comprendre qu’il nous éclaire de la lumière même de Dieu, il est l’image du Dieu invisible écrit saint Paul.

Il n’en est pas de même pour nous qui correspondrions plutôt à ce qu’est un porte-parole. Notre contenant est insuffisant pour accueillir la plénitude de la vie qui, quand nous la recevons, nous déborde de tous côtés. Nous la portons pour en vivre et pour la transmettre sans être capables de l’assumer pleinement. Nous sommes d’ailleurs les premiers à être jugés par cette parole qui met en lumière nos manques. Non pas condamnés, le texte d’aujourd’hui le stipule bien, mais désarçonnés dans nos prétentions à en être dignes.

Il n’est pas question pour autant de se taire. Nous avons à rendre compte de ce que nous recevons. Cependant il faudrait toujours le faire avec une grande modestie, toujours en s’excusant de parler de ce que nous ne vivons pas pleinement.

Il m’arrive souvent d’hésiter à transmettre les paroles de l’évangile, à inviter les gens à suivre le Christ alors que j’ai beaucoup de mal moi-même à y arriver. Surtout que je suis en première ligne et que je peux donner l’impression de faire la leçon ; on peut me traiter d’hypocrite si on compare ce que je dis et ce que je fais. Il est impossible de se sentir parfait quand on fait passer un message de perfection que nous approchons à peine d’où nos hésitations.

En même temps il faut assumer ; c’est le rôle d’un croyant de témoigner de ce qui est plus grand que lui ; nous sommes des témoins infidèles mais des relais incontournables pour que la foi soit présentée au monde. Notre parole serait bien limitée si nous nous contentions de parler de ce que nous vivons pleinement. Et pourtant nous essayons d’en vivre, notre vie toute entière est éclairée par notre foi. Elle ne nous est pas étrangère, elle est le centre de notre vie. À nous cependant de préciser en permanence que ce que nous proclamons n’est pas notre foi mais celle de l’Église, que c’est ce vers quoi nous marchons (et l’Église aussi) et non ce que nous avons atteint. Témoins infidèles mais témoins quand même.

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