du miracle au signe

           Jean 6, 22-29

Jésus a nourri une foule en multipliant les pains. Du coup beaucoup cherchent à le suivre, ils en veulent plus, ils sentent que cet homme a quelque chose d’extraordinaire, alors ils ne veulent pas le lâcher… Mais c’est surtout de pain dont ils ont envie.

C’est pour ça que Jésus ne leur fait pas confiance. Ils sont attirés par l’extraordinaire du miracle alors que Jésus voudrait qu’ils voient un signe, le signe de qui il est. Lui ne cherche pas le succès, il fait des miracles souvent par miséricorde, pour soulager des misères, mais c’est surtout pour que l’on comprenne le but de sa mission : il est venu nous parler de l’amour de son Père dont nous devrions vivre. C’est en passant par Jésus que nous pouvons le découvrir et c’est pour que nous le comprenions que Jésus cherche de temps en temps à frapper les esprits.

Nous sommes tous tentés par l’extraordinaire, toujours à la recherche de la nouveauté, notre société nous incite à le faire. Pour la foi, c’est la même chose : il nous semble que si nous voyions plus de miracles, notre foi serait plus forte. 

Or des miracles, il y en a tous les jours. Aujourd’hui il n’y a pas que ceux qui nous mentent, qui nous exploitent, qui cherchent à garder le pouvoir, ceux dont l’argent est le seul idéal ou qui se sont recroquevillés sur eux-mêmes ou sur leur petite cellule… Il y a aussi des gens qui se dépassent, qui donnent de leur vie, qui sont attentifs aux petits, qui cherchent à trouver des solutions à nos problèmes par les sciences, les techniques, les inventions, par des organisations… Nous apprenons à les admirer actuellement : ils passent de l’état d’invisibles à celui d’éléments essentiels pour notre vie et pas seulement en temps de crise, c’est cela le vrai miracle. Sans compter que même nous, nous y arrivons parfois, à nous dépasser !

Cependant, Jésus voudrait que nous fassions un pas de plus : que nous passions de l’admiration à la lecture des signes. Il est temps de commencer à le faire. Nous avons commencé…

À côté de ceux qui sont tellement angoissés par les plages de temps libres qui s’offrent à nous qu’ils tentent de les combler désespérément par de nouveaux abrutissements, il y a ceux qui en profitent pour lire, pour réfléchir, pour méditer, pour s’interroger sur leur vie sans peur, pour partager des temps plus vrais en famille. J’en entends beaucoup qui disent prier davantage, qui avouent n’être jamais allés aussi souvent à la messe, qui reprennent contact avec des relations un peu oubliées, qui retrouvent un peu de paix, de calme avec le repos, qui voient leur entourage sous un nouveau jour…

Ce sont ces temps propices à la relecture de notre quotidien qui nous permettent de découvrir les miracles qui parsèment nos vies et d’aller jusqu’à y voir les signes d’un amour qui est le plus fort et, pour certains, la présence du ressuscité. Cela suppose d’oser éteindre la télévision pour un temps, de fermer l’ordinateur, de se retrouver tout seul un moment ou à deux, autour d’un passage d’évangile ou pas. Essayer de trouver du sens dans ce que je vis, dans ce qui se passe autour de moi en arrêtant un moment la machine infernale dont nous sommes prisonniers. Jésus, après la multiplication des pains, alors que la foule voulait le faire roi, s’est retiré dans la montagne pour prier seul toute la nuit.

La situation actuelle bouscule nos habitudes. Nous sommes obligés à une certaine frugalité, certains peuvent se rendre compte que la nature reprend ses droits autour de nous, il nous faut nous recentrer sur l’essentiel, même si nous souffrons de ce que beaucoup de nos relations doivent se contenter du virtuel.

Il nous faut lutter contre l’engourdissement qui nous guette dans notre confinement. Il y a de quoi avoir peur mais inutile de paniquer ! On essaye ?

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