Gamaliel

Actes des Apôtres 5, 34-42

Gamaliel est une nouvelle figure qui nous est présentée par la liturgie. C’est un pharisien, docteur de la Loi particulièrement respecté et qui prend position devant le Conseil suprême. La question est de savoir ce que l’on fait de ces apôtres qui s’obstinent à perturber la société en parlant de Jésus.

La position de Gamaliel est devenue proverbiale : on parle encore de jugement de Gamaliel. Selon lui, de deux choses l’une : soit leur action rejoint la volonté Dieu et on ne pourra rien faire contre eux, soit elle n’est qu’humaine et leur entreprise tombera d’elle-même. Il étaye sa position sur des événements récents : dans cette période troublée, plusieurs faux prophètes et révolutionnaires se sont levés et leur mouvement n’a pas fait long feu. D’après lui donc, il faut laisser faire et voir ce qui va advenir avec les disciples de Jésus. Au moins, plus de deux mille ans après, les chrétiens sont toujours là.

Je suis un adepte du jugement de Gamaliel… il m’arrive souvent, quand je suis en désaccord avec certaines positions et que je ne suis pas très sûr de moi, de préférer attendre pour voir si ces propositions prennent ou non de l’ampleur. C’est le cas en particulier avec l’Église quand je ne me sens pas à l’aise avec certaines orientations. Faut-il s’insurger et monter au créneau ou voir venir ? Il m’arrive d’hésiter : à mon âge je suis peut-être dépassé.

Alors j’observe. La plupart du temps, je ne change pas d’avis, en me disant que la tradition que je porte a encore sa place aujourd’hui, il m’arrive parfois d’évoluer et de changer certaines de mes habitudes. Je me dis que mon temps est en grande partie passé, qu’il faut avoir confiance en l’avenir et dans mes grands moments de foi, j’en arrive à croire, à la manière de Gamaliel, que l’Esprit Saint est à l’œuvre et qu’il souffle où il veut…

Vous vivez sans doute quelque chose de semblable avec vos enfants. Entre vos résolutions du départ et la manière dont vous vous comportez avec eux aujourd’hui, il y a souvent bien des écarts. Comment être sûr de ce qui est bon pour eux ? Ils ont leur route à faire qui ne sera pas la nôtre. S’il n’est pas question de flancher sur certaines valeurs, vous lâchez sur d’autres, où est le meilleur ? Nous changeons, disons que nous évoluons, pleins de questions sur l’avenir de ces jeunes et remplis de confiance dans ce qu’ils portent.

La position est respectable dans bien des cas mais ce qui m’inquiète avec Gamaliel, c’est la tentation de l’utilitarisme : est bon ce qui réussit, il faut laisser faire et voir venir. Ce qui est vrai quand on pressent que Dieu est peut-être derrière ne l’est plus quand il s’agit de la réussite par l’argent, le pouvoir, l’écrasement des petits, le mépris des plus faibles… la donne change, il y a peut-être des alternatives. Quand l’économie passe avant les personnes, quand le profit est la loi qui s’impose pour réussir à tout prix, je commence à être inquiet. Je veux bien qu’un excès de morale soit un obstacle à la liberté et au changement mais quand il n’y en a plus du tout, où va-t-on ? 

Est-ce qu’un pays dont le président prône le repliement sur soi, la priorité absolue donnée à son peuple, le rejet de l’étranger, la première place accordée à la réussite, à l’argent au mépris de la santé, de la solidarité, du respect de l’autre surtout s’il est différent… est-ce qu’un tel pays peut réussir sur le long terme ? Je ne suis pas sûr de la réponse… Cependant, si l’éthique n’est qu’un obstacle dont il est urgent de se libérer, je suis inquiet pour l’avenir de l’homme.

Quelle orientation proposer aux nouvelles générations ? Qui est celui qui va gagner à la fin ? Celui qui sera capable de s’imposer par la force ou le pouvoir de l’argent au détriment des petits ou bien celui qui va jouer la complémentarité, la solidarité ? S’il est naïf de croire que l’amour finira par l’emporter et que c’est donc ce chemin que nous avons à emprunter tout de suite, alors j’ai bien peur que Jésus soit mort pour rien. Au niveau de la longévité, son message a bien tenu mais qui est prêt à vivre de lui, aujourd’hui comme hier, en pensant que là est l’avenir du monde ? Est-ce qu’il faut nous aussi, comme les apôtres, nous obstiner à parler de Jésus ?

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