Ne pas se défaire

Nous sommes faits de pièces et de morceaux. Rien d’étonnant à cela puisque nous nous sommes constitué une personnalité au cours de notre histoire au gré de nos expériences, des éducateurs qui nous ont formés, des proches qui ont eu de l’importance pour nous, de nos choix, de nos engagements… Toutes ces rencontres ont laissé des traces en nous que nous avons intégrées jusqu’à en faire la chair de notre vie.

C’est quand nous avons rencontré l’amour que cet assemblage hétéroclite s’est organisé en un ensemble dont les éléments prennent sens les uns par rapport aux autres. Cette cohérence se construit au sein de notre famille ou bien par nos liens d’amitié, notre vie avec des collègues de travail ou de loisirs, nos engagements fondamentaux. Des temps forts nous donnent aussi ce sentiment d’unité lors de fêtes, quand nous baignons dans la musique ou dans la beauté de la nature, quand nous reprenons nos journées dans des temps de méditation ou de prière. Nous ne sommes plus alors, au moins pour un temps, des êtres morcelés, nous goûtons des moments de fusion au cours desquels nous nous éprouvons comme un nœud de relations heureux d’exister.

Puis vient le virus… nos relations se défont les unes après les autres, des proches de qui nous recevions la vie apparaissent soudain comme des dangers potentiels, on nous suggère de nous méfier de tout le monde, même des enfants ! Le télétravail éloigne du contact direct avec les collègues, le nombre des sorties s’amenuise, plus de sport, ni de verres ou de repas pris en commun, plus d’étreintes, de mains tendues… chacun se referme sur son minuscule domaine.

Nous avons cru un moment que l’épreuve allait nous recentrer sur l’essentiel, que nous allions laisser de côté les futilités qui nous éparpillent si souvent et c’est le contraire qui s’est produit.

Ce sont nos relations qui faisaient notre unité et nous nous défaisons au fur et à mesure que nous les perdons. Un croyant n’est plus le même, il se dessèche quand il perd le contact avec sa communauté pour se réfugier devant sa télévision. Sa foi s’amenuise quand il n’a plus le contact avec l’Église et qu’il se retrouve seul avec ses dévotions.

Que deviennent l’amitié, la famille, la solidarité s’il n’y a plus le coude-à-coude, les embrassades, les contacts physiques qui, au-delà des mots, forgent l’unité des groupes et notre unité propre ?

Nous nous désagrégeons… et en perdant une unité si difficilement conquise, nous laissons nos pires morceaux prendre le dessus sur nos projets et sur notre espérance. Nous trouvons de bonnes raisons pour ne plus nous engager, pour préférer la soumission, pour laisser nos communautés de vie, pour oublier les autres, nous replier sur notre petit domaine, quand ce n’est pas nous laisser aller à la haine, au racisme, à l’intolérance…

Quand le nœud de nos relations se défait, il est temps de réagir pour ne pas nous perdre.

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