Sondage

Selon un sondage du journal La Vie : « Les croyances catholiques de base (Création du monde par Dieu, Résurrection de Jésus, apparitions de Marie…) ne suscitent l’adhésion que d’un quart des sondés, et des deux tiers des catholiques pratiquants. Enseignement collatéral de cette enquête : un tiers des catholiques pratiquants se disent sceptiques face à ces événements pourtant centraux dans la tradition de leur église. À noter aussi que seuls 56% des catholiques pratiquants interrogés dans ce sondage croient en une vie après la mort, contre 31% de la population globale. »

J’ai un peu de mal à comprendre ce genre d’information. Si les apparitions de Marie ne sont pas de foi, il n’en est pas de même de la résurrection du Christ ou de la Création du monde par Dieu : elles font partie des fondements du christianisme.

La question a-t-elle été mal comprise ?

Pour la Création par exemple, certains ont du mal à penser en même temps la croyance en ce dogme et les données de la science comme le Big Bang ou la théorie de l’évolution. Quand ils se croient obligés de choisir entre la science et la foi, certains privilégient la Bible, même si ses affirmations leur semblent incroyables, tandis que d’autres choisissent la position rationnelle en se demandant s’ils ne trahissent pas leur foi.

Comment faire comprendre à ces gens que, comme tous les mythes fondateurs, les récits bibliques de création nous invitent à croire que Dieu est Créateur  sans dire comment il a créé et crée encore ? Les auteurs bibliques, très éloignés  d’une pensée scientifique, ont appuyé leurs récits sur les manières de penser communément admises à leur époque, en les corrigeant pour les mettre en conformité avec leur foi au Dieu unique et avec leurs pratiques religieuses. Seules ces corrections ont un intérêt non anecdotique. De ce fait, il est possible, sans être infidèle à l’écriture, de croire que Dieu est la seule origine absolue de ce qui existe, tout en modulant la question du "comment ?" en fonction des avancées de la science.

Les données scientifiques actuelles qui parlent de Big Bang et d’évolution sont les hypothèses les plus crédibles, pour l’instant, concernant le "comment ?". Pourquoi ne pas leur faire confiance ? La science par contre ne peut s’exprimer que sur ce qui est vérifiable par l’expérience. Elle propose donc des théories sur ce qui existe sans prendre position sur la première origine. Elle remonte jusqu’aux instants suivant le Big-Bang sans aller au delà de ce qui est constatable. Par la science il est possible d’approcher au plus près de la source, non de la dépasser ; ensuite nous entrons dans le domaine de la foi et ces deux démarches ne sont pas antinomiques, elles peuvent se supporter réciproquement. Nous sommes capables de multiplier les types d’approche de la réalité sans qu’elles entrent en contradiction tant qu’elles prennent des chemins différents.

 

La négation de la résurrection par des croyants est encore plus préoccupante. Ou nous pensons qu’il existe un Dieu d’amour qui nous donne la vie, ou bien nous n’y croyons pas. C’est le choix de chacun. Mais dans la première hypothèse je ne vois pas comment un Dieu qui nous aime, qui nous donne la vie à chaque instant, pourrait nous oublier au moment de notre mort. S’il est parfaitement logique qu’un athée ne croit pas à une vie après la mort, le phénomène est étrange chez un croyant. Si Jésus est vraiment le Fils, il est inconcevable que son Père le laisse dans la mort. Encore une fois, pour un chrétien. Mais je me pose tellement de questions que je me demande parfois quelle différence il y a entre un agnostique qui cherche et un croyant qui essaie de comprendre.

Peut-être ne s’agit-il d’ailleurs que de la conséquence d’une vision primaire de la foi. Il y a tellement de croyants qui, sur ces sujets, en sont restés au niveau du CM2 ! Dans le meilleur des cas ! Qu’imaginent ces chrétiens à l’évocation de la résurrection ? Une tentative désespérée de récupérer ses atomes à la fin des temps ? Une vie de fantôme ? La réincarnation ?

Jésus ne nous a pas donné grand chose à imaginer, seulement une vie d’amour qui ne finit pas, plongée dans l’amour de Dieu, en cohérence avec ce que nous avons vécu au cours de notre vie. J’ai bien envie d’y croire tellement c’est conforme à ce que le Fils nous a fait découvrir de son Père.

 

La dernière hypothèse est la plus préoccupante : il y a peut-être des pratiquants qui ne viennent à la messe que pour se tranquilliser, parce que c’est un lieu de paix au milieu de notre existence bousculée. Ils ne croient pas au témoignage que porte l’Eglise sur la personne du Christ, mais la liturgie leur fait du bien ainsi que quelques sacrements qu’ils consomment comme des actes magiques. "On ne sait jamais !"

J’ai rencontré ce genre de pratiquants non croyants, davantage séduits par la beauté du culte que prêts à s’engager à la suite de Jésus. Ils sont plus qu’on le croit ceux qui fréquentent nos églises par habitude plus que par conviction, attachés à quelques pratiques périphériques. Ils ne supportent pas les questions et pas davantage les offres d’engagement dans l’église. Ils croient à quelques valeurs que l’on dit chrétiennes et sont plus intéressés par la morale que par le dogme. Ignorants du contenu de la foi ils ne cherchent pas à en savoir plus, enfermés qu’ils sont dans quelques simplismes qui leur suffisent. Ils sont l’illustration de l’opinion que Marx avait de la religion : "elle est l’opium du peuple", tout juste bonne à endormir la souffrance et à apaiser les inquiétudes.

Je préfère les gens qui cherchent et qui s’impliquent, même s’ils manquent d’assurance et se perdent parfois. Jésus se méfiait de ceux qui ne le suivaient que pour se faire guérir ou pour avoir à manger, parce qu’ils n’ont pas de racines. Ils sont encore bien présents dans nos églises.

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