évangile selon saint Luc Chapitre 15, 1-11

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : « Si l’un de vous a cent brebis et en perd une, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ? Quand il l’a retrouvée, tout joyeux, il la prend sur ses épaules, et, de retour chez lui, il réunit ses amis et ses voisins ; il leur dit : ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !’ Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion.
Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ? Quand elle l’a retrouvée, elle réunit ses amies et ses voisines et leur dit : ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !’ De même, je vous le dis : Il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »
Jésus dit encore : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part d’héritage qui me revient.’ Et le père fit le partage de ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère. Il alla s’embaucher chez un homme du pays qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il réfléchit : ‘Tant d’ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. Prends-moi comme l’un de tes ouvriers.’
Il partit donc pour aller chez son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils…’ Mais le père dit à ses domestiques : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent la fête.
Le fils aîné était aux champs. A son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des domestiques, il demanda ce qui se passait. Celui-ci répondit : ‘C’est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a vu revenir son fils en bonne santé.’ Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père, qui était sorti, le suppliait. Mais il répliqua : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’ Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait bien festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »

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« Il fait bon accueil aux pécheurs ». Les scribes et les pharisiens estiment qu’ils devraient recevoir un meilleur traitement tellement ils sont au-dessus du lot. Nous voudrions des récompenses à la hauteur de nos mérites, selon le niveau que nous estimons avoir atteint. Il est difficile de sortir de cette vieille conception religieuse qui voudrait que les faveurs de Dieu se méritent et soient distribuées en fonction des sacrifices consentis. Il nous semble que nous faisons des efforts qui devraient être récompensés. Nous nous plaçons dans une perspective comptable du « donnant – donnant ».
Ce n’est pas de cette manière, semble-t-il, que Dieu fonctionne. Être avec lui dès aujourd’hui, vivre en sa présence est le bonheur suprême. Être séparé de sa source est une forme de mort et aucun chrétien ne peut souhaiter cela, encore moins envier celui qui vit dans un tel éloignement.
Nous avons tendance à perdre la conscience de cette chance, à ne voir que les désavantages de la suite du Christ, à l’image de ce fils dont le désir de débauche fait oublier la chance qui est la sienne. Comme les Pharisiens qui vivent le respect de la loi comme une corvée parce qu’il ne les libère plus, nous sommes enfermés dans des prescriptions qui ont perdu leur force libératrice rendant désirable la vie sans repères.
Si Jésus fait un bon accueil aux pécheurs, c’est qu’il veut restaurer avec eux le lien qu’ils ont perdu et leur donner une nouvelle chance. De plus, et contrairement aux autres, ils sont en attente, conscients de leur faiblesse, désireux de se rapprocher de Dieu comme le fils prodigue qui se rend compte de l’inanité de l’aventure dans laquelle il s’était lancé et se rappelle avec nostalgie la douceur d’être près du père.
Il est vrai que la vie en Dieu n’a pas toujours la douceur espérée.

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