Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc
(Lc 10, 13-16)

En parlant aux soixante-douze disciples Jésus disait: "Malheureuse es-tu, Corazine ! Malheureuse es-tu, Bethsaïde ! Car, si les miracles qui ont eu lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que les gens y auraient pris le vêtement de deuil, et se seraient assis dans la cendre en signe de pénitence. En tout cas, Tyr et Sidon seront traitées moins sévèrement que vous lors du Jugement.
Et toi, Capharnaüm, seras-tu donc élevée jusqu’au ciel ? Non, tu descendras jusqu’au séjour des morts !
Celui qui vous écoute m’écoute ; celui qui vous rejette me rejette ; et celui qui me rejette rejette celui qui m’a envoyé. »

– – – – – – – – – –

Dure responsabilité que d’être le porte-parole du Christ. Il est pourtant vrai que c’est de cette manière que les chrétiens sont vus. Plus ou moins bien sûr, car ils sont nombreux ceux pour qui nous ne représentons plus rien. Même l’expérience religieuse devient une énigme, beaucoup de nos contemporains ne savent même pas de quoi il s’agit.
Ceci dit je ne crois pas que l’expérience religieuse, telle qu’elle est vécue dans les religions, soit la base de notre foi. La prière n’est pas obligatoirement un moment où nous ressentons sensiblement l’intimité qui nous lie à Jésus ou au Père, un moment d’extase ou d’exaltation soi-disant mystique. Il en est de même des célébrations. Mère Térésa en a fait l’expérience dans la douleur, la foi n’est pas une histoire de frisson, mais l’engagement, raisonné et volontaire, à la suite de Jésus-Christ, y compris dans la nuit des sens ou de l’esprit.
Cependant, il est bon, surtout dans les débuts, que la foi soit accompagnée par quelques manifestations sensibles. Nous les remettons en cause par la suite, quand nous n’avons plus besoin de ces béquilles ou quand elles nous sont ôtées, que nous le voulions ou non. Il reste que toute foi s’enracine dans un vieux fonds religieux, de même que l’amour a besoin du bouleversement des sens, sans pour autant s’y réduire.
Le sentiment religieux nous fait sortir du quotidien, ouvre une brèche dans la répétition du même et c’est là que la foi peut s’engouffrer. Ceux qui sont murés dans leurs occupations, dans leur travail, dans le souci immédiat de leur famille ou de leur survie, dans l’exercice de leur pouvoir ou leur désir de rajouter sans cesse à leur patrimoine…, auront beaucoup de mal à s’ouvrir sur un ailleurs ou sur un autrement. Même leurs émotions sont trop faibles pour les déstabiliser. Ils ont besoin de drogues beaucoup plus dures, qui ne les ouvrent pas, mais les enferment dans un cercle dont on ne sort pas.

Laisser un commentaire