Il faut être vraiment très fort pour faire comme Dieu. Sans doute faut-il même être tout puissant. Quelle idée de venir comme un enfant, dans une extrême faiblesse quand on veut sauver l’humanité ! Être totalement dépendant, insignifiant au point de se faire oublier, de se faire tuer par le premier roitelet venu, ce ne sont pas des méthodes de chez-nous. Elles manquent d’efficacité.
Moi j’ai toujours peur qu’on m’oublie, de passer inaperçu. Je fais des efforts pour qu’on ne m’exploite pas, pour être reconnu à ma juste valeur, pour que l’on me respecte et qu’on laisse de la place pour que je respire. Je suis jaloux de mon indépendance et je grogne quand on me marche sur les pieds ou qu’on ne fait pas assez attention à ma petite personne. Je suis trop faible pour montrer ma faiblesse, trop fragile pour renoncer à l’agressivité et à la violence. Il faut que je m’impose ou au moins que je résiste pour ne pas passer pour insignifiant.
Alors les méthodes de Dieu m’impressionnent beaucoup. Il ne cherche même pas à prouver qu’il existe. Il préfère qu’on le cherche, qu’on le protège, qu’on le défende comme une enfant. Pas d’éclat ni de puissance affichée, juste une présence à découvrir, un amour qui demande à être aimé, comme un petit enfant qui attend qu’on le prenne et le console.
Moi qui cherche à faire mes preuves et à me montrer sous mon meilleur jour, j’aurais trop peur de ne plus être rien pour personne si je me laissais aller de la sorte. En plus j’ai l’impression de ne pas avoir l’éternité comme lui pour arriver à mes fins, c’est au jour le jour que je dois faire ma place au soleil. Quant à l’église, elle semble préférer les manières de faire humaines. Elle aussi tient à faire entendre sa voix dans le concert des nations, au prix de bien des compromissions. Quand elle accueille un chef d’état, elle a moins d’exigences que quand il s’agit de donner la communion à un pauvre bougre de divorcé.
Si encore j’étais sûr du succès de la méthode de Dieu, je me motiverais davantage. Mais il faut bien reconnaître que ses résultats ne sont pas probants. La douceur de Jésus a provoqué la monté de la haine autour de lui. Il a prêché l’amour et a récolté la violence. On peut lui reconnaître une réussite posthume avec sa résurrection et après, mais elle n’a pas suffi à changer le monde. Peut-on suivre Jésus sans le trahir ? Est-ce que l’idée même d’église et de religion n’est pas une trahison en soi de son message ?
A moins que ce soit la question même qui soit mal posée. S’interroger sur l’efficacité nous éloigne déjà de la méthode de Dieu. Il ne s’agit pas de découvrir ce qui marche mais ce qu’il faut faire pour être en plénitude avec soi-même, avec les autres, avec Dieu, dans la nature pourquoi pas, en tout cas dans l’amour. Cela suppose de baisser nos gardes, beaucoup de nos gardes, si nous ne pouvons pas les baisser toutes. On ne peut pas sortir de la violence sans abandonner nos peurs. Seul le Tout-Puissant n’a pas de violence en lui. Ceci dit on peut toujours se mettre sur sa route et apprendre la confiance.
