Résurrection de la chair

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Pour ceux qui se posent des questions sur la « résurrection de la chair », des pistes données par le théologien Joseph Moingt, 99 ans.

Ce qui ressuscite n’est pas le corps que nous perdons malgré nous, parce que la mort nous l’arrache, c’est celui que nous donnons librement au jour le jour, corps recréé, transformé, spiritualisé par la liberté et la générosité avec lesquelles nous le donnons. Nous ne comprenons pas la résurrection, parce que nous regardons le corps que nous allons perdre et que nous entendons retrouver à l‘identique, plutôt amélioré, mais dans la ligne de notre singularité, comme s’il était possible de ressusciter sans une transformation radicale de tout l’être. Mais avons-nous vraiment envie de nous retrouver dans l’éternité face à nous-mêmes tels que nous nous voyons dans de rares moments de lucidité, ou de retrouver nos proches avec les défauts que nous leur connaissons et que nous savons si bien analyser ? Ce que nous faisons de meilleur dans notre vie, ce que nous avons réussi de mieux, c’est souvent ce qui nous ressemble le moins, ce que nous avons fait comme si cela nous était arraché par une force que nous ne connaissions pas : c’est cela même qui ressuscite, ce qui porte la marque de l’Esprit qui nous l’a fait faire, ce qui sort de notre corps animé d’un souffle d’éternité. Nul ne peut prendre place au banquet du Royaume qui ne porte le vêtement nuptial : rien de notre être corporel ne peut ressusciter en vie éternelle qui n’ait été recréé dans la liberté et l’amour, revêtu par l’Esprit de liberté et d’amour.

D’un autre point de vue, ce que Dieu veut sauver, c’est toute sa création, de même que Jésus est mort « pour tous les hommes », et c’est sa création comme totalité, en forme de totalité unifiée par l’amour qu’il lui porte, de même que, et c’est pour cela que l’Esprit Saint rassemble les élus en un seul corps, corps du Christ ressuscité. Dans cette perspective, ce qui ressuscite de nous n’est pas notre stricte individualité, ce que chacun est seul à être et est en lui seul, c’est notre personnalité agencée au tout, articulée à d’autres personnalités en vue de la construction d’ensemble, c’est ce qui se joint à d’autres pour faire corps avec eux, exister en relation à d’autres et au tout, à l’image de ce que sera Dieu quand la mort aura été définitivement extirpée de sa création, « tout en tout » (1Co 15,28). Ce qui ressuscite, c’est donc ce que nous donnons, à fonds perdu, de notre être aux autres, pour les aider à être, et aussi ce que nous acceptons de partager de leur être propre, pour les en soulager, ce que nous mettons en commun ; et cela ressuscite à mesure que nous le donnons et le recevons, chaque jour de notre vie et de la vie des autres, mais notre être ne sera pleinement ressuscité, notre être ressuscité ne prendra sa définitive configuration qu’à la fin des temps, quand lui sera gracieusement rendu tout ce qu’il aura gratuitement donné, quand seront renoués les fils de sa vie avec les autres et que l’humanité sera entièrement restituée dans l’unité du corps du Christ dont l’Esprit Saint, jour après jour, fait la demeure de Dieu pour l’éternité.
En d’autres termes, ce qui ressuscite de chacun de nous, c’est ce que nous vivons et faisons en commun, c’est l’histoire personnelle vécue dans une visée d’infini, d’universalisable, et construite par un effort commun en forme d’histoire humaine totale, en devenir d’humanisation. Cette histoire demeure, elle survit au passé qui meurt, parce que et pour autant que Dieu y reconnaît la marque du Christ, l’œuvre de l’Esprit, et lui redonne vie en l’accueillant dans son éternité. Cela suppose que Dieu vive son éternité au cœur de notre temps, plus exactement au cœur de l’histoire que l’Esprit nous fait vivre et construire en forme de temple de Dieu et de corps du Christ. De fait, il n’est pas concevable que Dieu soit séparé du Christ qui vit en nous comme en son propre corps ; ni que le Christ, ressuscité en Dieu, soit coupé de l’histoire humaine qu’il a charge de conduire au royaume de Dieu ; ni que l’Esprit demeure en nous sans faire de nous la demeure de Dieu. La foi dans la résurrection présuppose donc la foi dans la proximité de Dieu.             Croire au Dieu qui vient p 293-294

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