C’est la période des vœux avec ce refrain qui me surprend encore : « et surtout la santé ! » Elle semble l’essentiel, la base de tout. Je persiste à croire qu’il y a des choses plus fondamentales, mais je me sens un peu isolé sur ce coup.
Sans doute que Spinoza a raison quand il dit que le plus important pour tout ce qui existe est de « persister dans l’être ». C’est ce qu’ont l’air de penser toutes ces personnes qui s’économisent, font attention à ce qu’elles mangent, qu’elles boivent, qu’elles font, attentives à éviter le moindre excès, à effacer leurs rides. Il faut persister dans l’être et faire semblant à partir du moment où on est touché par les outrages du temps. On s’occupe pour ne pas penser qu’il va falloir faire la valise définitivement, on accumule voyage sur voyage dans l’espoir que faire des valises reculera le moment du dernier départ.
Combien de familles, lors de la préparation des obsèques, se révèlent incapables de dire ce que pensait leur défunt, quels étaient ses choix, ses envies, ses doutes et ses espoirs. Avait-il la foi ? Priait-il ? Personne ne sait. Quand, au moins, il aimait ses petits enfants on peut penser qu’il se tournait vers les autres. Mais souvent on entend surtout : « il a bien profité de la vie, il a beaucoup voyagé, il aimait bien manger et boire, il faisait son jardin, il regardait la télé, il avait sa petite vie tranquille… » Pourquoi pas. Il a persisté dans l’être comme il a pu. A-t-il vécu ?
Spinoza au moins était un philosophe de la joie. Il ne parlait pas que de survivre. Selon lui, la joie naissait chez quelqu’un qui voyait grandir son être, alors qu’on était triste quand on diminuait. Ce n’est pas le tout de vivre, il est encore mieux de grandir.
Il rajoutait qu’il n’était pas raisonnable de penser que l’on existe par soi-même et que l’on progresse par ses propres forces. La vraie béatitude est de reconnaître que l’on tire son existence de Dieu. Le vrai bonheur est de se sentir habité par l’amour de Dieu, par sa vie qui nous entraîne, qui nous crée et qui fait éclater nos limites. Là se situe selon lui la vie éternelle et la joie qui va avec : le fait de prendre conscience que l’on est une étincelle prise dans l’élan divin. Si on n’a pas conscience d’exister de cette manière, si on cherche uniquement à ne pas mourir, il y a peu de chance qu’on vive ou qu’on persiste dans l’existence pour de vrai.
Certes il n’est pas sûr que Spinoza avait la foi. Il avait tendance à laisser le choix : « Dieu ou la Nature ». C’est dire que ce qui précède n’est pas réservé aux croyants en Dieu. Tout le monde est appelé à la Béatitude et même, pourquoi pas à la vie éternelle, en prenant conscience qu’il vit dans et par la nature ou dans et par la société des hommes. La seule aberration est de prétendre exister par soi-même, de se construire à partir de ses propres forces, de tirer son existence du développement de sa propre nature.
La tristesse de la vie de beaucoup vient de ce qu’ils restent dans les limites qu’ils ont tracées autour de leur petite personne ; manquant d’espace pour grandir, ils s’étiolent. D’autres, de peur de se regarder vivre, s’étourdissent dans une excitation sans fin et meurent aussi creux qu’ils ont vécu.
Spinoza nous laisse le choix « Dieu ou la Nature », rajoutons le lien avec les autres. L’essentiel est de sortir de soi, de sa nature propre, en communiant à l’amour de Dieu qui nous crée, à l’immense courant de la vie de la Nature dans lequel nous sommes pris, en prenant conscience du lien qui nous lie aux autres. Personne ne nous oblige à choisir entre les trois d’ailleurs. Pourquoi ne pas tout prendre ?
Bon bien sûr, si en plus on a la santé ce n’est que mieux !
Sans doute que Spinoza a raison quand il dit que le plus important pour tout ce qui existe est de « persister dans l’être ». C’est ce qu’ont l’air de penser toutes ces personnes qui s’économisent, font attention à ce qu’elles mangent, qu’elles boivent, qu’elles font, attentives à éviter le moindre excès, à effacer leurs rides. Il faut persister dans l’être et faire semblant à partir du moment où on est touché par les outrages du temps. On s’occupe pour ne pas penser qu’il va falloir faire la valise définitivement, on accumule voyage sur voyage dans l’espoir que faire des valises reculera le moment du dernier départ.
Combien de familles, lors de la préparation des obsèques, se révèlent incapables de dire ce que pensait leur défunt, quels étaient ses choix, ses envies, ses doutes et ses espoirs. Avait-il la foi ? Priait-il ? Personne ne sait. Quand, au moins, il aimait ses petits enfants on peut penser qu’il se tournait vers les autres. Mais souvent on entend surtout : « il a bien profité de la vie, il a beaucoup voyagé, il aimait bien manger et boire, il faisait son jardin, il regardait la télé, il avait sa petite vie tranquille… » Pourquoi pas. Il a persisté dans l’être comme il a pu. A-t-il vécu ?
Spinoza au moins était un philosophe de la joie. Il ne parlait pas que de survivre. Selon lui, la joie naissait chez quelqu’un qui voyait grandir son être, alors qu’on était triste quand on diminuait. Ce n’est pas le tout de vivre, il est encore mieux de grandir.
Il rajoutait qu’il n’était pas raisonnable de penser que l’on existe par soi-même et que l’on progresse par ses propres forces. La vraie béatitude est de reconnaître que l’on tire son existence de Dieu. Le vrai bonheur est de se sentir habité par l’amour de Dieu, par sa vie qui nous entraîne, qui nous crée et qui fait éclater nos limites. Là se situe selon lui la vie éternelle et la joie qui va avec : le fait de prendre conscience que l’on est une étincelle prise dans l’élan divin. Si on n’a pas conscience d’exister de cette manière, si on cherche uniquement à ne pas mourir, il y a peu de chance qu’on vive ou qu’on persiste dans l’existence pour de vrai.
Certes il n’est pas sûr que Spinoza avait la foi. Il avait tendance à laisser le choix : « Dieu ou la Nature ». C’est dire que ce qui précède n’est pas réservé aux croyants en Dieu. Tout le monde est appelé à la Béatitude et même, pourquoi pas à la vie éternelle, en prenant conscience qu’il vit dans et par la nature ou dans et par la société des hommes. La seule aberration est de prétendre exister par soi-même, de se construire à partir de ses propres forces, de tirer son existence du développement de sa propre nature.
La tristesse de la vie de beaucoup vient de ce qu’ils restent dans les limites qu’ils ont tracées autour de leur petite personne ; manquant d’espace pour grandir, ils s’étiolent. D’autres, de peur de se regarder vivre, s’étourdissent dans une excitation sans fin et meurent aussi creux qu’ils ont vécu.
Spinoza nous laisse le choix « Dieu ou la Nature », rajoutons le lien avec les autres. L’essentiel est de sortir de soi, de sa nature propre, en communiant à l’amour de Dieu qui nous crée, à l’immense courant de la vie de la Nature dans lequel nous sommes pris, en prenant conscience du lien qui nous lie aux autres. Personne ne nous oblige à choisir entre les trois d’ailleurs. Pourquoi ne pas tout prendre ?
Bon bien sûr, si en plus on a la santé ce n’est que mieux !
