Amis

Jean 15, 12-17

Dans les évangiles synoptiques comme chez saint Paul, ceux qui suivent Jésus sont le plus souvent appelés serviteurs ou, pire, esclaves. Nous avons peut-être d’autres ambitions mais cette hiérarchie dit bien la distance qui sépare l’homme de son Dieu. Les exigences descendent naturellement de la majesté divine à l’humilité humaine. L’Église a longtemps prêché dans ce sens et en a rajouté du côté des commandements… 

Certains peuvent adhérer à cette mystique du service qui va jusqu’à la soumission absolue à la volonté du tout puissant, elle a aussi sa grandeur, mais saint Jean nous amène ailleurs jusqu’à l’évocation d’une affection réciproque, jusqu’à la réalité d’un attachement qui met les partenaires sur un certain pied d’égalité ce qui est le cas de l’amitié. 

Dans son évangile, il nous invite à une relation de cet ordre puisque, dans ce passage en particulier, Jésus dit à ses disciples : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis. »

Dieu nous surprend une fois de plus en abandonnant sa position dominante pour se mettre à notre portée par son Fils. Ce dernier pourrait prétendre à un pouvoir suprême qui est indiscutable par ailleurs, il pourrait demander à être obéi puisqu’il est le chemin, la vérité et la vie mais au lieu de nous demander la soumission, c’est lui à nouveau qui prend l’attitude du demandeur, qui cherche à être accepté et même aimé.

Certes, ses disciples sont appelés : ils n’ont pas l’initiative, ils ont à reconnaître la parole qui vient de Jésus et la faire leur, ils acceptent Jésus comme maître et seigneur, comme Rabbi, ce n’est pas un copain, mais il leur est demandé une adhésion totalisante allant jusqu’à l’amitié, un choix qui les prend tout entier. Il ne s’agit pas pour eux de renier leur personne pour s’abandonner à un autre, comme on se laisse prendre par un gourou, mais de faire en sorte que la vie de Jésus infuse dans tout leur être, lui donnant une coloration nouvelle. Ils sont transfigurés par la relation à Jésus sans que soit niée leur individualité.

C’est toujours cela que provoque la relation amicale : on ne s’abandonne pas à l’autre mais on s’enrichit mutuellement sans chercher à prendre l’ascendant sur lui. Jésus nous invite à ce compagnonnage avec lui. 

La deuxième conséquence de cette relation amicale, c’est qu’elle réunit les amis de Jésus pour en faire une communauté. C’est souvent que l’on reconnait comme amis les amis de nos amis. Ceux qui font les mêmes choix ont obligatoirement des choses en commun et trouvent du plaisir à se rassembler. Cela ne signifie pas que tous soient faits sur le même moule. Les disparités persistent mais un groupe d’amis se forme à partir de ce que leurs membres ont en commun. SI tout va bien, les divergences qui demeurent ne sont pas assez fortes pour faire éclater le groupe, elles l’enrichissent au contraire.

Il en est ainsi de la communauté des amis de Jésus. Des tiraillements sont inévitables parce qu’on cherche à mettre ensemble des gens d’origines et de mentalités diverses. Tout va bien tant que chacun tolère la différence de l’autre et c’est encore mieux s’il s’en trouve enrichi. Tel est le cas dans les rencontres œcuméniques (et même interreligieuses mais c’est un autre débat) quand ce qui est commun permet d’accepter les divergences. On fera difficilement prier un occidental comme un oriental et ce n’est pas le but recherché mais chacun peut apprécier la foi de l’autre et s’y reconnaître.

On n’est jamais ami de Jésus tout seul, on cherche toujours à se retrouver entre amis.

Laisser un commentaire