Je peux bien l’avouer maintenant, il y a prescription, je n’ai jamais éprouvé de tendresse particulière pour le Père Noël. Il est vrai que mes parents n’ont jamais cherché à me faire croire à ce genre de stupidités.
Mon aversion n’a fait que grandir depuis que j’ai réalisé qu’il s’agit d’une invention d’après guerre de Coca Cola. Je préfère, quant à moi, le vin et Jésus enfant.
Il est vrai qu’ils sont mignons ces enfants, au pied du sapin, s’émerveillant des jouets que le barbu leur aurait apportés. Déjà ils avaient coché sur leurs catalogues ce qu’ils désiraient et la liste s’était allongée au fil des jours. À l’approche de la date fatidique la tension n’avait fait que croître. Ils avaient même eu droit au chantage : « si tu n’es pas sage le père Noël ne t’apportera rien ! » Ils pourront bientôt recommencer à faire des bêtises, Noël est là.
Les pères Noël ont tout envahi, les rues, les espaces publicitaires, les magasins et même les écoles laïques. Là je suis plus étonné : ceux qui montent au créneau pour que l’on ne mette pas dans la tête des enfants les fadaises de la religion ne rechignent pas devant des décorations pleines de nains, de traineaux volants, de fées et de génies. Les mêmes qui s’insurgent parce qu’il a été fait mention de la crèche dans une fête pour enfants voient sans émotion arriver le père Noël pour distribuer les cadeaux.
Avec le père Noël nous sommes dans un espace qui fait appel à l’imaginaire, à ce qui ne se voit pas et qui fait rêver, un espace que fréquente aussi la religion. Pour un enfant il faut prendre garde de ne pas tirer un trait définitif sur ce qui concerne ce monde. Quand les références religieuses disparaissent la tendance est de compléter avec les fées, les princesses, Dora et les pères Noël ; ensuite ce sera les jeux vidéo et les films fantastiques, tout ce qui fait rêver en nous faisant sortir du quotidien. Je ne pars pas en croisade, je regrette surtout que les enfants, quand ils rejettent le père Noël, soient tentés de se débarrasser en même temps de tout ce qui n’est pas vérifié, démontré, matériel, dit par le maître d’école ; de tout ce qui n’est pas réussite, argent. Je regrette qu’ensuite ils doivent se contenter de sorciers et d’extraterrestres qui les font rêver sans qu’ils soient obligés d’y croire.
Être religieux c’est croire que notre monde est habité, par des forces bénéfiques ou maléfiques, mais peut-être aussi par l’Esprit de Dieu qui nous anime. En rejetant indistinctement ce qui est obscur on désacralise notre monde et on se trouve obligés de combler nos manques avec n’importe quoi : des rêves de stars, les phantasmes du pouvoir, de l’amour absolu et de la richesse, les astres, la communion avec la nature…
Il ne sert à rien de partir en guerre contre ce qui nous semble des fausses pistes, mais sommes-nous convaincus, au point d’en rayonner, que la spiritualité qui nous habite vaut tous les pères Noël ? Croyons-nous que l’enfant de la crèche porte bien plus de promesses que les magasines pleins de jouets ? Si des parents ne voient que par le sport ou les études pour leurs enfants, n’est-ce pas parce qu’ils n’ont pas découvert la force de vie de la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu ? Ce serait pourtant une bonne nouvelle pour leurs enfants qui les aiderait à vivre.
Loin de moi l’idée de casser l’ambiance de fête et de joie qui préside lors des fêtes qui viennent. Jésus est le messager de la paix et de la joie et ce ‘est pas le moment de prendre des mines renfrognées ou accusatrices.
Il est né le divin enfant. Ils sont heureux ceux qui auront la chance de croiser le regard émerveillé des enfants devant le sapin de Noël ou devant la crèche. De telles joies sont incomparables. Une seule peut-être s’en approche, celle des grands et des petits emportés par une immense espérance : il vous est né un sauveur.