Baptème

Le sacrement du baptême nous fait entrer dans la communauté des croyants au Dieu de Jésus-Christ, l’église. Il est aussi sacrement de salut. Mais de quoi avons-nous besoin d’être sauvés ?
La réponse classique est : du péché originel. Le problème est que nous ne savons plus trop de quoi il s’agit et, qu’en conséquence, nous avons du mal à en parler, comme nous peinons à le penser.
Pourtant l’exorcisme a une place dans le rituel du baptême, on y parle même de Satan. L’omniprésence du mal est également une des préoccupations des parents qui viennent demander le baptême. Il est souvent question dans nos dialogues avec eux de la protection qu’ils recherchent, de « si il lui arrive quelque chose », des difficultés de notre monde, de l’éducation aujourd’hui… Nous ne sommes pas à l’aise devant le caractère magique de leurs demandes. Il reste que les parents sont préoccupés, même si la confiance est au cœur de leur démarche ainsi que la joie d’avoir donné la vie.
L’idée de péché originel renvoie spontanément à la faute de nos premiers parents. Or nous avons du mal avec le monogénisme : nous avons pris de la distance avec une interprétation trop littérale d’Adam et Ève, créés par Dieu dans des conditions privilégiées et pourtant rebelles. Les théories scientifiques actuelles accentuent plutôt la perspective de l’évolution et de l’émergence progressive de l’humanité. Si nous avons appris à gérer ces points de vue, il n’en est pas de même des personnes que nous rencontrons. Nous hésitons à entrer dans une polémique que nous considérons inessentielle. Quant à Satan, nous craignons de l’évoquer, pris entre nos répulsions à en faire une entité personnelle et les délires de ceux qui prétendent commercer avec lui. Il ne faudrait pas pour autant minimiser la puissance du Mal à laquelle nous nous heurtons quotidiennement. D’autres approches du péché originel sont aidantes et éclairantes pour ce qui est du baptême.
évoquer les origines ne limite pas à parler d’un péché, historiquement premier, dont nous aurions encore à subir les conséquences et dont les effets se feraient encore sentir de nos jours. Les premiers hommes ont péché et nous aussi nous péchons, mais il ne s’agit pas uniquement d’une faute individuelle, dont nous porterions seuls la responsabilité. Chacun nait dans un monde déjà marqué par le mal, qui nous porte au mal. La plupart des mythes de l’humanité y font référence.
Sans parler d’héritage ou de chute par rapport à un état de perfection initial, il y a une tradition du mal, une connexion interhumaine dans le mal. Paul Ricœur en particulier insiste sur ce point : quand un individu pèche, le mal est déjà là, en lui par la convoitise, hors de lui par le milieu. Chacun ne fait que pécher en second. Parler de péché originel ne renvoie pas d’abord à la perspective historique d’une transgression des débuts, mais plutôt au fait que chaque homme naît dans un monde marqué par le péché. De plus, le mal n’est pas seulement à l’extérieur, l’homme est lui-même habité par la convoitise dit Ricœur, tandis que René Girard emploie plutôt le terme de désir mimétique. Il y a une manière perverse de vouloir être comme Dieu, comme le voisin, de posséder ce qu’il a, de lui prendre ce qui me manque.
Nous sommes ainsi plongés, à la naissance, dans un bain de mal qui nous entoure et nous pénètre. Le baptême au contraire nous plonge dans un bain de vie, il nous oriente vers la vie, nous dont la mort était le lot,. Le Christ, par sa mort et sa résurrection, nous arrache au pouvoir de la mort en nous mettant sur le chemin de l’amour. Il n’y a pas là de protection magique, mais :
• une communion à sa vie par la grâce qui nous est offerte,
• un message capable de nous servir de guide sur la route,
• l’entrée enfin dans une communauté qui nous empêche de nous retrouver isolés dans notre sortie du mal et notre recherche de la vie d’amour.
Le baptême nous fait prendre ce virage décisif, même si la route reste à faire.

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