On peut dire que les musulmans manquent d’humour.
Ils ont surtout le sens du sacré que nous avons largement abandonné, au grand dam de certains. Ils semblent croire qu’en se moquant du prophète ou même en en faisant une image, on lui porte atteinte. Bien fragile est la majesté de qui est sensible à la moquerie du premier venu !
Jésus nous a libéré du sacré. Plus rien n’est sacré après lui si l’on excepte l’homme et les espèces eucharistiques parce qu’elles sont son corps et son sang. Reconnaissons-le pourtant, les églises ont remis beaucoup de religion, avec la sacralisation qui va avec, dans une foi qui s’en était écarté. Aussi certains de nos intégristes, à la manière des islamistes, n’hésitent pas à monter au créneau dès qu’on touche aux images de la religion. Dieu aurait-il besoin d’être protégé ?
Je n’apprécie pas que l’on touche à ceux que j´aime et, parce que je l’aime, je supporte mal que l’on se moque de Jésus. Mais les critiques sont en général tellement primaires, elles font preuve d’une telle méconnaissance du personnage qu’elles me touchent assez peu. Je suis plutôt surpris de voir combien des gens qui se prétendent intelligents connaissent mal les fondements de la foi chrétienne. Je n’ai pas de désir de violence à leur égard, plutôt envie de leur faire entrevoir ce qu’ils semblent ignorer.
Que l’on caricature Jésus ou que l’on piétine une croix ne me fait pas plaisir mais je ne vois pas en quoi cela pourrait porter atteinte à sa majesté qui dépasse nos mesquineries. Quant aux images, elles sont des représentations qui n’ont rien de sacré à la différence des idoles. Dieu est au-delà de tout et ne peut être touché par nous qu’à cause de l’amour qu’il nous porte.
Je comprends mal, de ce fait, les raidissements des églises. Les fondamentalistes protestants, suivis maintenant par des catholiques, s’en prennent aux théories de l’évolution et du Big Bang au nom de l’image de la Création présentée dans le livre de la Genèse. Quelle drôle d’idée que de prétendre opposer la foi et la religion alors qu’elles sont d’ordres différents ! Comment croire que la raison pourrait faire de l’ombre à la puissance créatrice de Dieu ?
L’église catholique, quant à elle, monte au créneau dès qu’il est question de sexualité. Elle ne parle pas que de ça mais se laisse enfermer dans ces sujets.
Ces derniers sont importants, mais pourquoi les églises ont-elles tant de mal à accepter de ne pas gérer la société. S’il fut un temps où elles avaient du pouvoir, ce n’est plus le cas. On ne fait pas appel à elles pour faire les lois, ni pour décider ce qui est raisonnable et ce qui ne l’est pas. Si l’idée de charria chrétienne est incongrue, la tentation de l’imposer à tous les hommes l’est plus encore.
Ce n’est pas déclarer que tout ce vaut, qu’il n’y a ni valeurs ni vérité, mais reconnaître que nous n’avons pas les moyens d’imposer nos idées… sans même le regretter. Notre seule force réside dans la persuasion et dans l’exemple. S’il est vrai que des manières de vivre l’amour aujourd’hui posent problème, à nous de faire la preuve que le chemin du bonheur passe par l’oubli de soi, le souci de laisser de la place à l’autre, l’acceptation de certaines limites qui évitent de se perdre dans un désir infini. Comme nous ne sommes pas les seuls à penser de la sorte, nous ne manquerons pas d’alliés pour défendre ces positions parfois dénoncées comme mortifères alors qu’elles sont chemin de vie.
Je suis désolé quand j’entends des scientifiques, des philosophes, des psychologues et autres psychanalystes qui nous ressortent les visions d’un Dieu castrateur, violent, qui n’est là que pour punir ou imposer ses lois tel un père abusif. Ils véhiculent les vieux fantasmes de l’humanité au sujet des divinités comme si Jésus n’était pas passé par là. Ils ne connaissent rien aux évangiles, encore moins à la théologie, ce qui ne les empêche pas de disserter doctement sur les méfaits des religions et ce sans discernement.
Plus de 2 000 ans après, cela signifie sans doute que l’on s’est mal expliqué, ou pire, que nous sommes infidèles à Jésus puisque les églises n’ont pas renoncé à régenter, à imposer leurs lois au grand nombre. Elles prétendent décider de tout et n’hésitent pas à condamner ceux qui ne sont pas de son avis. Comment alors faire passer l’idée d’un Dieu d’amour qui respecte le petit et le faible, qui va chercher la brebis égarée, qui pardonne et attend le fils perdu et qui est vulnérable jusqu’à mourir sur une croix ?
L’église renâcle à se dépouiller de son pouvoir, comme si c’était un dû. Pourtant Jésus a refusé obstinément de devenir roi, il est resté le serviteur ; même devant la mort il ne s’est pas servi de sa toute-puissance pour imposer ses vues. Pourquoi l’église se comporterait-elle différemment ? Jésus n’est pas laxiste et ses commandements vont au-delà des lois de son époque. Pourtant il ne légifère pas, son commandement se limite à l’amour et quand il donne des règles elles sont trop absolues pour être suivies à la lettre, ce sont des directions à prendre. Pourquoi l’église aurait-elle le dernier mot sur tout ? La loi d’amour ne se décrète pas et s’il faut du temps avant qu’elle ne s’impose, il n’existe pas de raccourci.
Il ne s’agit pas de se taire mais de proposer le chemin de Jésus, d’inviter à le suivre, librement, lui qui dit : « va et ne pèche plus ». Les chemins vers lui sont multiples même s’ils ont tous le goût de l’amour.
