Le catholicisme, une branche du christianisme, est considéré comme l’une des grandes religions. Une parmi d’autres elle a aussi ses spécificités que je voudrais montrer ici.
L’origine des religions : le sacré
Toutes les religions trouvent leur source dans l’expérience du sacré. Il s’agit du profond bouleversement qu’éprouve chaque homme dans les moments forts de son existence : naissance, mort, sexualité, amour mais aussi devant l’ampleur de certains phénomènes naturels qui l’interrogent ou le mettent en danger.
Le sacré est un mélange de peur ou d’angoisse diffuse, d’admiration, de sidération quand l’impression est trop forte. L’homme se sent alors submergé et la pensée qu’il existe des réalités qui le dépassent lui vient naturellement : pas toujours une divinité bien définie mais un ensemble de forces dont il est le jouet, qui peuvent attenter à sa vie ou bien lui être bénéfique. Même dans notre monde artificiellement bâti où la nature n’a plus tous ses droits, nous continuons à éprouver ce genre d’émotions et d’interrogations.
Les religions traditionnelles
La réponse spontanée est de tenter de maitriser ces forces pour s’en préserver ou les rendre favorables. C’est ainsi que naissent les religions : on les définit d’ailleurs comme ensemble de pratiques créées par les hommes pour apprendre à gérer leurs rapports à leur environnement naturel et humain. Pour y parvenir, elles ont mis en place un ensemble de rites : prières, sacrifices sanglants puis spirituels, lois concernant la morale et la pureté rituelle, interdits alimentaires, tabous, célébrations, magie…
Le but recherché est de se protéger de forces menaçantes et de gagner leurs faveurs selon le principe du do ut des : je te donne pour que tu me donnes. La religion traditionnelle recherche les moyens d’influer sur des forces ou des divinités. Beaucoup de prières restent de ce type : je te prie, je fais des sacrifices, je respecte tes lois, je me garde pur pour qu’en échange tu me protèges dans cette vie et au moins que tu me récompenses plus tard. Ne pas obtenir ce qu’on désire suscite la déception… et de celle-ci nait très souvent l’athéisme.
Les diverses religions, au cours de leur évolution, vont progressivement projeter, dans ce qu’elles appellent « Dieu », l’ensemble des désirs humains, de leurs frustrations, de leurs espoirs. Les contours de la divinité vont se préciser, se complexifier de même que les moyens d’aller vers elle. Les religions revendiqueront toujours plus d’efficacité dans leurs pratiques, ce qui alimente davantage encore de déceptions chez ceux qui ne sont pas exaucés.
Une autre piste : la mystique
Si le croyant persiste dans sa foi malgré le manque d’efficacité de sa religion, une autre piste s’ouvre à lui : la mystique. Que le Dieu qu’il recherche ne corresponde pas à son imaginaire n’est pas étonnant en soi. On comprend aisément que Dieu, s’il existe, ne saurait correspondre aux idées projetées sur lui. L’homme de foi s’éloigne ainsi d’une vision magique qui prétend influencer la divinité et s’en rendre maître. La prière de demande se change en contemplation devant ce qui nous dépasse, les tentatives de faire pression sur la divinité se muent en abandon à sa volonté.
L’approche mystique est commune à toutes les religions : judaïsme, Islam, bouddhisme… Les principaux représentants chez les catholiques sont maître Eckhart, Tauler, Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Edith Stein… On trouve ce courant également chez des athées sous forme de spiritualités qui prennent des formes diverses.
L’origine de ce courant est à chercher dans Le Parménide de Platon. Les néoplatoniciens, au début de notre ère, en ont repris les intuitions pour tenter de redonner vie aux religions à mystère, grecques et romaines. En même temps, des chrétiens s’en sont emparés pour pratiquer un christianisme libéré de la superstition. Les figures principales sont Denys dit l’Aréopagite, Plotin étant le chaînon, Augustin et bien d’autres.
Le catholicisme maintient la tension entre ces deux courants. Il s’appuie sur des formes de religion traditionnelle tout en s’en démarquant grâce à la reprise des intuitions mystiques et en revenant sans cesse à l’enseignement de Jésus. Pour lui, les visions de Dieu qui l’ont précédé ainsi que les pratiques traditionnelles sont insuffisantes et Jésus nous permet de les dépasser. L’évangile de saint Jean est l’amorce d’un christianisme qui n’oublierait pas la mystique.
Jésus
Les chrétiens se réfèrent avant tout à Jésus. Selon eux, Dieu, après s’être révélé de manières épisodiques et lacunaires, a envoyé son Fils. Celui-ci nous a rejoint en devenant homme comme nous et, en tant que Fils, son témoignage est l’approche la plus crédible de qui est Dieu. Son message est assez simple : le vrai nom de Dieu est « amour » et, à son image, nous devons nous aimer les uns les autres. Il ne parle pas comme un théologien : en effet il utilise des paraboles, approches imagées qui nous invitent à réfléchir et à entrer progressivement dans sa pensée pour en vivre tous les jours, en s’inspirant de la manière dont il a vécu. Les quatre évangiles sont la réunion de plusieurs récits de sa vie et de ses enseignements. Ils sont la référence première des chrétiens. Ces derniers se reportent aussi aux lettres que saint Paul a écrites aux premières communautés qu’il a fondées ; à quelques autres écrits : les lettres de Pierre, Jacques et Jean, l’Apocalypse ainsi qu’aux Actes des Apôtres, premiers récits d’une vie d’Église qui se construit. Les chrétiens utilisent également la Bible hébraïque qu’ils appellent Ancien Testament : pour eux, celui-ci constitue comme une préparation du Nouveau Testament ; ce dernier regroupant les textes écrits après Jésus.
La classification du catholicisme parmi les religions du livre est contestable. Le Nouveau Testament n’est pas un livre unifié mais un ensemble de livres qui abordent la vie de Jésus et son enseignement à partir des points de vue différents et parfois contradictoires de plusieurs communautés de cultures différentes : grecques, romaines, juives.
L’originalité de l’apport de Jésus réside aussi dans le fait qu’il a bouleversé en profondeur les lois et les coutumes juives : respect du sabbat, interdits alimentaires, règles de pureté rituelles, sacrifices, place du Temple de Jérusalem… Avec lui on peut tout manger, tout boire, aucun interdit, aucune obligation autre que d’aimer son prochain comme soi-même. Le chrétien se sent ainsi complètement libéré des contraintes qui n’auraient pas de sens pour lui. C’est pour cela que beaucoup disent que le catholicisme, tel que le voyait son fondateur, n’est pas une religion à proprement parler mais une invitation à suivre Jésus par des moyens à revisiter sans cesse.
L’Église catholique
L’Église est la dernière originalité propre au catholicisme. Elle a reconstruit des formes religieuses et a structuré la famille de ses fidèles. Elle donne une large place à la hiérarchie : le pape, les évêques, les prêtres. Au bout de deux mille ans, les changements s’opèrent lentement et toujours sous contrôle. Le magistère est l’ensemble des données de foi qui sont fixées et auxquelles chaque croyant est invité à croire. La morale est également définie et s’impose à tous les croyants avec même une prétention à l’universalité. Avec l’Église, on assiste à un recul important de la liberté instaurée par Jésus bien qu’elle y revienne régulièrement. Elle a aussi une histoire chargée !
La lourdeur de son fonctionnement rend cette institution peu réactive à la nouveauté ce qui fait que des gens qui vivent dans l’immédiateté ont du mal à la comprendre. Elle y gagne par contre en stabilité et en unité : elle a l’éternité devant elle et pense être guidée par l’Esprit de Dieu ce qui lui donne une grande sérénité.
Dans la période récente, elle a cependant vécu deux bouleversements profonds. Le premier est le Concile Vatican II, 1962-1965, caractérisé par une vision positive du monde moderne et un effort d’adaptation de la doctrine aux changements actuels… au grand dam de certains. Les effets s’en font sentir encore de nos jours. Le deuxième bouleversement se vit actuellement avec le pontificat de François qui invite à revenir à la simplicité évangélique et au message de Jésus privilégiant l’attention aux pauvres, aux rejetés de la société, à la mise en question de l’argent roi.
L’Église catholique est une vieille dame respectable encore capable de se rajeunir.
