Conférence de carême

St Paul, le rameauCes quelques lignes ne sont qu’un reflet du magnifique chapitre sur St Paul dans le livre de Michel Serres Rameaux, p 77 à 111.

Au carrefour d’une triple appartenance
Saint Paul a une triple appartenance : il est Juif, Grec et Latin.
•    Disciple de Gamaliel, il se définit comme un Pharisien pieux, ardent à défendre la Loi au point de combattre la secte de Jésus quand elle met en danger la pureté de la tradition juive.
•    Il connaît la philosophie grecque, au moins par Philon, il parle et écrit cette langue, cite quelques auteurs.
•    Enfin il revendique sa qualité de citoyen romain par son père, parce qu’il est né à Tarse, ville d’une province romaine. Il connaît ses droits de citoyen au point de faire appel auprès des tribunaux de l’Empire quand il est condamné.
Il se reconnaît tributaire des trois courants qui l’ont formé. Même une fois devenu disciple de Jésus, il assume ces influences et reconnaît que ce sont elles qui lui ont donné le jour. Il a de quoi en être fier puisqu’il réalise ce que l’on peut faire de mieux à l’époque comme homme accompli entre le monothéisme hébraïque, la raison hellène et le droit romain ; entre la loi et la religion issues de la reconnaissance d’un Dieu tout puissant, l’équilibre de la raison qui débouche sur la vision du cosmos expression d’une harmonie universelle à retrouver et une société organisée autour de l’idée d’une citoyenneté ouverte à tout homme libre. Rituelle, rationnelle et juridique, trois règles structurent l’univers de l’Antiquité et formatent Saul. Règles magnifiques puisqu’elles marquent encore notre univers moderne, mais dont les rigueurs font craindre l’intégrisme quand elles prennent des formes absolues. Cela a été le cas pour Saul. Saint Paul est un métis, au carrefour de ces influences, mais n’est-il que cela ?

Appartenance et identité

Peut-on définir quelqu’un par ses seules origines ? Un homme se limite-t-il à ses appartenances religieuses, ethniques, sociales, sexuelles, à son âge ou à son métier ? Le fait d’être issu d’une famille conditionne-t-il à jamais l’orientation d’une personne ? Michel Serres nous invite à faire une distinction entre appartenance et identité. Ce que je suis n’équivaut pas à là d’où je viens. Brassens parle des « imbéciles heureux qui sont nés quelque part ». À la question : « Qui es-tu ? » nous sommes tentés de répondre par la liste de nos appartenances et c’est d’ailleurs en général la seule chose qui intéresse ceux qui nous interrogent. Décliner notre identité se limite à dire notre nom, nos lieu et date de naissance, notre profession, notre numéro de sécurité sociale, parfois on nous demande de parler de notre parenté, voire de notre religion et c’est pratiquement tout. Suis-je cela ? Ne suis-je que cela ?Je ne peux pas renier mon passé, ni faire que mes racines ne soient plus. Par contre je peux résister à la réduction de ceux qui veulent m’y enfermer. Quand bien même, comme saint Paul, je serais fier de là d’où je viens, je peux avoir à cœur de frayer mon propre chemin, comme un rameau s’écarte du tronc dont il reçoit la sève. Se dégager de la libido d’appartenance. C’est en tout cas ce qui s’est passé avec saint Paul. Venant de trois communautés, il ne s’est identifié à aucune d’elles. Il faut dire qu’il s’est fait rejeter de chacune : ses coreligionnaires le persécutent, les philosophes grecs se moquent de lui sur l’Aréopage d’Athènes et les Romains le jugent et le condamnent. Lui-même a quitté ses attaches, parcouru les mers, il s’est libéré de ses appartenances et de ce que Michel Serres appelle « libido d’appartenance ». L’attachement trouble à nos racines est en effet l’origine de nos violences. La conscience de faire partie d’un groupe nous pousse à vouloir le défendre et le promouvoir, elle conduit à faire des comparaisons, engage des jalousies et des désirs de domination. Nous rejoignons le désir mimétique de René Girard : celui qui vit en fonction d’un groupe et sous le regard de ceux qui l’environnent, est tenté par la violence. Cette proximité et la distance qu’il prend conduisent Paul à déclarer à rebours aux Galates : 3:28 « il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus. »

Il est bien clair que ces groupes d’appartenance et les différences qui vont avec ne disparaissent pas par un simple effort de volonté. Par contre Paul a découvert sur le chemin de Damas que notre véritable origine n’était pas là et il la met en lumière : nous ne faisons qu’un dans le Christ Jésus et par lui et cette provenance fondamentale prend le pas sur toutes les autres.Paul s’est engagé résolument au moins dans ses appartenances grecque et juive. L’influence romaine est un peu moins évidente. Sans doute n’a-t-il pas été vraiment pris au sérieux par les Romains qui l’ont plutôt présenté comme un personnage curieux. Pourtant, s’il a fini par être condamné par eux, c’est sans doute qu’il a constitué un certain danger à leurs yeux. Est-ce que sa rigueur et son esprit d’organisation font partie de son héritage romain ? Peut-être.Il a étudié un peu de philosophie grecque, je le disais plus haut, sans doute en particulier les stoïciens et les épicuriens. Il parlait couramment le grec, avec peu de sémitismes. Il s’est essayé à la subtilité des discours qui cherchent à convaincre par la raison. Nous avons vu que son essai à l’Aréopage d’Athènes n’a pas été concluant et pourtant il était construit. Cette expérience a dû le conforter dans ses préventions quand il exhorte les Corinthiens à ne pas se laisser séduire à leur tour par les raisonnements qui donnent davantage de poids à la sagesse qu’à l’Esprit de Dieu. À la complexité des discours construits, il va préférer le caractère direct du kérygme, l’affirmation parfois brutale que le Christ crucifié est ressuscité, conformément aux écritures. Il oppose le Christ, sagesse de Dieu à la vaine sagesse humaine.

Il lui arrive aussi d’argumenter en rabbin, selon les méthodes exégétiques reçues de son milieu et de son éducation, mais son génie fait éclater les limites de cet héritage traditionnel. Paul prend tout particulièrement ses distances par rapport à son enracinement juif dans la lettre aux Galates et dans celle aux Romains. Il ne nie pas l’importance de la Loi, mais il la considère comme une simple étape. De même le peuple juif reste pour lui le peuple choisi, mais Dieu permet l’accès des païens au salut. La foi doit s’épanouir par des œuvres bonnes accomplies par la force de l’Esprit et cela suffit, le passage par la Loi n’a rien d’obligatoire, seul compte l’engagement de chacun.

Deux expériences fondatrices

Ces prises de distance, qui peuvent être considérées comme des choix missionnaires et théologiques, sont complétées par une double expérience qui va contribuer à déstabiliser les assurances de Paul et les appuis lui venant de son triple héritage. La première aventure est la lapidation d’étienne, moment où l’implication de Saul dans la défense de la Loi est poussée à son paroxysme. Il est certain d’être dans la vérité en approuvant le meurtre de ce personnage qui présente un blasphémateur comme le Messie attendu. Comme quoi il ne faut pas confondre la conviction et l’honnêteté avec la vérité,. À l’Aréopage aussi il était sûr de sa démonstration, mais il était alors dans une démarche intellectuelle, alors qu’en luttant contre les Chrétiens, c’est la racine de sa foi qu’il compte défendre, sa conviction la plus profonde, la base de ce qu’il est. Cet épisode, comme tout sacrifice d’une victime émissaire, est d’une particulière violence. La foule s’en prend à un homme qui est présenté comme la cause des dérives touchant la religion juive. Chargé de la responsabilité de tous les maux, il semble à ses assassins que son meurtre portera un coup d’arrêt à la propagation du christianisme. Verser ce sang impie devrait être décisif et sert d’exutoire à la haine qui les habite. Il est des moments où s’en prendre en groupe à un bouc émissaire soulage, même si cela ne résous pas vraiment la question, elle procure un soulagement.Dans le cas de Paul, cela n’a pas suffi à lui apporter le calme. Bien au contraire, il est reparti de plus belle, poursuivant les Chrétiens de sa haine et de sa volonté de meurtres. Il se définit lui-même comme un « partisan acharné des traditions de mes pères » Ga 1, 14. L’analyse est juste. L’épisode, particulièrement violent, met dans une lumière crue les excès auxquels on peut arriver quand on est habité par la certitude absolue d’être dans la vérité, enfermé dans la « libido d’appartenance », persuadé que l’on est dans la ligne d’une tradition fondatrice.

Nous mêmes n’irions pas jusqu’au meurtre, mais certaines de nos violences devraient nous retourner la question de la validité des certitudes qui nous habitent. Être persuadé d’être dans la vérité n’est en rien une assurance contre l’erreur. Quand au fait d’être habité par la violence, il est le signe d’une incertitude qui nous conduit à nous crisper sur des assurances dont nous avons hérité, mais qui manquent d’assise en nous. Quelqu’un, comme Saul, enfermé dans ses certitudes, est incapable d’entrer dans un raisonnement qui n’est pas dans la ligne de ses convictions. Il est imperméable à tout dialogue. Seul un ébranlement profond peut insérer un doute dans son système. Je veux croire que l’expérience du meurtre d’étienne comme manifestation des conséquences tragiques auxquelles peut amener l’attachement absolu à une appartenance n’ont pas été sans effet sur Saul, au moins inconsciemment. La question : « comment peut-on en arriver là ? » l’a peut-être effleuré. En tout cas ce n’est pas ce qu’il dit : « Saul, lui, approuvait ce meurtre » AA 8,1.

De fait, il a eu besoin d’une deuxième expérience pour changer ses bases, la rencontre de Jésus lui-même, AA9. Moment hors norme où il se fait appeler Saoul par Jésus et par Ananie, avant de reprendre son nom précédent, pour enfin trouver son nom de Paul. épisode de tumulte extrême qui devra être étoffé par un temps de retraite, avant que Paul se sente à nouveau assez assuré pour devenir apôtre.

Son type d’assurance a changé : elle ne repose plus sur ses acquis précédents, sur ses appartenances, elle ne se fonde plus sur un savoir, sur une pratique ou sur des dogmes intangibles, mais sur une personne rencontrée dans une vision fugitive. Sa conversion l’a mis sur de nouvelles bases, lui a fait rencontrer la communauté qu’il avait persécutée auparavant, mais surtout c’est son fonctionnement qui a changé. « Si tu veux te glorifier, ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte. » Ro 11, 18. La rencontre de Jésus a décentré Paul. Il ne va plus aller dans le sens de ce qui l’a formé en se contentant de répéter ce qu’il a reçu, il va devenir inventif comme une personne qui fait des choix propres, un individu mu par l’Esprit. Il devient un rameau lui qui poussait jusque-là dans le sens du tronc.

Paul fils adoptif

Paul ne quitte pas ses appartenances, comme s’il pouvait repartir de zéro. Elles demeurent et le structurent encore, elles le portent, mais sa vie n’est plus organisée autour d’elles. Ses repères précédents le mettaient en position de force, en capacité de s’imposer, de condamner, de prendre des positions dominantes. Elles lui donnaient des certitudes et une autorité qui faisaient de lui un chef, un père devant lequel il fallait se soumettre, à moins qu’on veuille l’affronter.

L’avorton

Tout change après sa rencontre de Jésus. Il ne cesse de se dévaloriser, se traitant d’avorton. Il ne se glorifie pas de ce qui l’a formé, il ne vit plus par lui-même mais par le Christ. Sans se couper de ses bases, du tronc auquel il est attaché, il fait grandir un nouveau rameau dont la nouveauté ne va pas cesser de s’affirmer. Quittant ses appartenances il a trouvé son identité, il est devenu Paul. La psychanalyse nous dit qu’il faut tuer le père pour devenir un homme, c’est-à-dire se défaire de sa pression, en venir à le considérer comme un égal avec qui il devient possible d’avoir des relations pacifiées. Le danger, soulevé par Michel Serres, est qu’une fois le père mort, le fils prenne la place du père et se comporte à son tour comme un dominateur. Il n’y a pas d’évolution, juste un système qui se perpétue. Saul demande des lettres au grand prêtre pour poursuivre l’action des assassins. Il reproduit le comportement de ses prédécesseurs, tel un fils qui, libéré de l’emprise paternelle, devient tyran à son tour. La roue tourne, rien ne change. Il n’en est pas de même avec Paul qui, découvrant Jésus, n’en tire pas un savoir qui lui permettrait de gagner un nouveau pouvoir auprès de ses contemporains. Son appartenance à Jésus n’en fait pas un maître en possession de capacités particulières pour s’imposer. Le disciple d’un rabbin devient rabbin à son tour alors que le disciple du Christ reste disciple et accepte de ne plus vivre que par lui, en n’enseignant que sa parole. « Vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu ». 1 Cor. 3,23. Orgueil suprême, mais aussi reconnaissance d’une dépendance radicale, liberté qui nous affranchit de tous les esclavages, mais acceptation de tenir notre vie d’un autre.

L’église de son temps était encore en formation. Le fait d’en faire partie ne constituait pas encore un titre dont on pouvait se glorifier, un ensemble dogmatique de qui se réclamer. Il serait regrettable que notre appartenance à l’église d’aujourd’hui, nous fasse oublier que nous restons des individus libres, ayant adhéré personnellement à Jésus, grâce à elle bien entendu, mais librement. Paul nous apprend à jouer entre nos appartenances incontournables et le choix libre de la direction que nous souhaitons donner à notre vie, à la suite du Christ.

Le « je crois » de Paul ne repose pas sur un ensemble de certitudes : « Nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision » 2 Cor. 5,7. Seul le sentiment d’appartenance, refusé par Paul, nous libèrerait de la tension frémissante vers la vérité, pleine de confiance, mais habitée régulièrement par le doute, par l’incertitude du croyant qui ne sait pas vers où l’entraîne celui dont il se fait le disciple. Paul s’est  détaché de ses appartenances et se retrouve dans la nudité de son « je ». Il est passé de l’intégrisme à la foi. Brûlant d’amour pour celui en qui il croit, il accepte de laisser ses certitudes et de s’abandonner.

Si Paul est loin de ses anciennes certitudes, il est le contraire d’un timoré qui hésiterait devant la route à suivre et douterait de tout. Il court à la suite de celui qui l’a saisi, d’autant plus vite qu’il ne se pose pas de questions sur ses capacités ou sur son avenir. « Pour moi, certes, la Vie c’est le Christ » Ph. 1,21. L’avorton est plus confiant que l’homme ancien avec ses assurances.

Adopté

Paul a trois pères : Dieu le Père ; le Père sage et philosophe ; l’Empereur juge et Père. Le père est celui qui édicte la loi sans faute, la règle qui formate les gestes de tous les jours. Il énonce la vérité sans exception attachée à la pensée, à la conduite, à l’univers, au système global des choses et des hommes. Il implique une juridiction sans injustice, une politique qui s’applique, depuis Rome jusqu’aux extrémités du monde habité. Paul a quitté ces pères, sans les tuer, en s’attachant au Fils, en devenant fils comme lui. C’est assez rare pour devoir être souligné. La plupart des hommes, les plus grands en particulier et quelques femmes aussi ! , ne rêvent que de saisir à leur tour la puissance, de parvenir à un savoir dominateur, de formater à l’image de ceux qui les ont formatés. Paul parle plutôt de vases d’argile, qui portent certes un trésor, mais qui par eux-mêmes n’ont pas de valeur. Il vit en fils, peu enclin à prendre la place de père. Il est celui qui contient et qui transmet.

Bien loin de se mettre en valeur il décrit à plusieurs reprises tous les malheurs qu’il a eu à endurer, s’en glorifiant presque. Il évoque même cette écharde dans la chair qui le fait souffrir et qui l’empêche de s’enorgueillir. À l’image de Jésus, jamais il ne cherche à prendre la place du père, pas même de s’en faire un égal. Il reste un fils à l’écoute qui prie en disant « Abba ». Ro, 8,15. Paul n’a rien de commun avec un fils de famille, il n’a été qu’adopté. Inutile d’être fils d’Abraham pour avoir droit aux fruits de la promesse. Jésus lui-même n’est fils de David que par adoption et non par le sang. Un engagement personnel suffit, authentifié par la reconnaissance du Père, c’est l’expérience de base qui l’anime et c’est ce qu’il ne cessera pas de proclamer par les distances qu’il prend vis-à-vis de la Loi et de la circoncision.

Fils adoptif, il est tout autant ce fils prodigue qui revient après avoir refusé l’amour du Père. Saint Paul insiste : il n’a aucun droit à l’héritage qui lui est offert, il est entièrement redevable à l’amour gratuit de Dieu. Du coup, tout le monde peut prétendre à cet héritage qui n’est acquis ni par le mérite, ni par la naissance, ni par l’observation scrupuleuse de la Loi. Il suffit de se mettre à la suite du Christ qui est passé lui-même par cette phase d’abandon total de toutes ses prérogatives, de ses appartenances : « Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix! Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom. » Phil 2,6-9. Le chemin suivit par Paul est le même que celui de Jésus et ce n’est que du Père qu’il attend le salut.

« N’appelez personne Père »

La difficulté est de le suivre sur cette route, de résister à l’envie de reproduire les vieux schémas, de prendre la place dont nous avons délogé le père, de devenir un homme de pouvoir. Il est tellement facile, y compris en église de remettre en place des rapports d’autorité, de reconstituer la Loi mise à mal par Jésus et par saint Paul, de chercher à nouveau la sécurité des dogmes et des comportements formatés, de se remettre sur des rails.

Saint Paul ne nie pas avoir donné la vie aux églises qu’il a fondées ou ranimées, il parle des chrétiens qui les constituent comme de ses enfants qui le font souffrir ou bien le comblent de joie. Il se reconnaît une certaine paternité. Par contre il ne se prétend pas porteur d’une vérité absolue à laquelle il faudrait adhérer et se soumettre, il garde une mentalité de fils. Des comportements moraux s’imposent ainsi que le devoir de bien se comporter lors des célébrations par exemple, mais ce qui compte avant tout est de ne pas scandaliser les plus faibles. La conformité extérieure aux règles est sans intérêt et même rejetée quand, comme chez Pierre, elle se limite à des pratiques hypocrites auxquelles on se soumet uniquement quand on est sous le regard des autres, pour éviter leur jugement.

Saint Paul nous invite à prendre la route qu’il a prise, à nous laisser séduire comme il a été séduit, sans nous enfermer comme il avait été enfermé. Il est à l’opposé de tout intégrisme parce qu’il a été un redoutable intégriste dans la première partie de son existence où il avait abandonné toute humanité au profit d’une soumission totale à une loi de mort. Une fois retourné par le Christ, il s’est mis à exister comme un individu animé par l’amour du Christ et libéré de ses raideurs.

La question va encore plus loin puisqu’elle inclut l’idée de résurrection. On ne peut pas ressusciter si l’on se contente de répéter ce que nos anciens ont fait avant nous. Si saint Paul s’était contenté de poursuivre dans la direction de ses formateurs, il serait resté dans ses impasses. Les sociétés où les fils se contentent de reproduire les agissements de leur père se sclérosent rapidement, elles sont incapables de nouveauté pas plus que d’accueillir les changements du monde et les hommes qui viennent d’autres cultures. Il y a un autre écueil, celui qui consiste à tout rejeter en bloc en prétendant créer un neuf apportant un changement radical par rapport à ce qui précède. L’image du rameau est féconde pour cela puisqu’elle combine l’idée de l’attachement qui perdure sur un tronc par lequel passe la sève et la direction nouvelle qui est prise dans une ligne différente de celle qui a été empruntée précédemment. La résurrection est déjà en germe dans l’action de jeter les vieux levains et d’en choisir de nouveaux, dans le souci de frayer des routes nouvelles, pris dans la dynamique de l’Esprit.

Les prophètes sont de cet acabit : tout en étant insérés dans un peuple dont ils sont solidaires, ils montrent des directions que ne voient pas ceux qui sont enfermés dans leurs coutumes. Si nous étions un peuple de prophètes ! « Si seulement tout le peuple du Seigneur devenait un peuple de prophètes sur qui le Seigneur aurait mis son esprit ! » dit Moïse dans le livre des Nombres 11, 29.

 

Une réflexion sur « Conférence de carême »

  1. J’aime ce passage :
    « Saint Paul nous invite à  prendre la route qu’il a prise, à  nous laisser séduire comme il a été séduit, sans nous enfermer comme il avait été enfermé. Il est à  l’opposé de tout intégrisme parce qu’il a été un redoutable intégriste dans la première partie de son existence o๠il avait abandonné toute humanité au profit d’une soumission totale à  une loi de mort. Une fois retourné par le Christ, il s’est mis à  exister comme un individu animé par l’amour du Christ et libéré de ses raideurs. »

    Je trouve qu’il a une résonnance toute particulière en ce début d’année 2009.
    Merci Père pour ce brillant exposé historique sur St Paul.

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