Déluge

Genèse 9, 8-15 ; Marc 1,12-15

 Ces textes évoquant le déluge renvoient aux débuts du livre de la Genèse. Dans les premiers jours de la Création, Dieu est très content de lui… Après chaque journée, il estime que « cela était bon ». Mais cela ne dure pas : il s’aperçoit rapidement que le monde ne va pas aussi bien qu’il le croyait. Le mal est présent partout : l’homme fait ce qui est mal et Dieu commence à se poser des questions. Il en vient à regretter d’avoir créé l’homme, petit à petit il commence à déprimer, si j’ose dire : avec les mythes, on peut laisser parler son imagination ! Dieu prend alors une décision radicale : « Je vais noyer tout cela ». Il envoie le déluge pour, en quelque sorte, repartir à zéro. À part Noé, huit personnes et quelques animaux, il fait périr tous les êtres vivants. Mais il s’aperçoit rapidement que ce n’était pas une bonne idée puisque le mal entre à nouveau dans le monde, d’où son nouveau coup de déprime. Il se rend compte qu’il vaut mieux laisser les choses telles qu’elles sont, et abandonner les solutions radicales qui, manifestement, ne mènent à rien. 

Bien sûr, tout cela est un mythe mais cela dit quelque chose de notre désarroi lorsque nous nous apercevons de la persistance du mal. Après un temps de révolte, nous sommes comme Dieu et nous reconnaissons qu’il faut faire avec… Dieu, quant à lui, renonce à une Création parfaite, à un homme tel qu’il pourrait le rêver. Il fait donc alliance avec l’homme tel qu’il est, avec les vivants malgré leurs imperfections. À son image, mieux vaut accepter notre monde en l’état : c’est notre monde et il faut faire avec… Après le Déluge, Dieu recommande même aux bêtes sauvages de se méfier de l’homme. Mieux vaut, pour leur survie, qu’elles aient peur de lui et ne s’en approchent pas trop !

Dieu fait donc alliance avec nous tels que nous sommes en renonçant aux solutions radicales. Cependant, sans doute comme lui, nous sommes pris entre deux attentes contradictoires : s’il faut accepter la réalité, en même temps reste en nous une envie tenace de perfection. Comment vivre sans renoncer totalement à cette dynamique qui nous fait tendre vers un monde et un homme meilleurs, un monde idéal, où les hommes, la nature et les animaux se réconcilieraient ? Que ce soit impossible ne devrait pas nous empêcher d’y tendre. 

Ce qui est frappant dans l’Évangile, c’est que, justement, Jésus réalise ce rêve dans trois directions. Se réconcilier avec la nature : il part dans le désert où normalement on ne peut pas survivre et il reste 40 jours en communion avec cette nature hostile. Il nous est dit également qu’il vit avec les bêtes sauvages comme avant le Déluge. Enfin, ne l’oublions pas, les anges le servaient : Jésus reste en pleine communion avec son Père. Tout donc rejoint notre rêve de communion avec la nature, les animaux, entre nous, avec un Dieu que nous serions capables de reconnaître sans cesse présent à nos cotés comme il l’était avec Jésus.

Ce carême est une invitation à nous rapprocher le plus possible de cet idéal, sans prétendre l’atteindre bien sûr. Il s’agit de se dire que nous allons essayer pendant ce temps d’entrer davantage en communion avec la nature, avec ses bêtes sauvages, avec Dieu, nous rapprocher de ce Jésus qui pendant 40 jours a vécu ce dont nous rêvons et obstinément, faire des pas dans cette direction. 

Le jeûne, c’est cela : nous réconcilier avec notre corps en renonçant à détruire la nature, en consommant d’une manière raisonnable. C’est multiplier les contacts les uns avec les autres. C’est cultiver notre lien avec Dieu par la prière, le troisième pilier du Carême. Nous sommes invités à reconnaître que Dieu est proche de nous, qu’il nous habite et que nous vivons pleinement de lui.

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