Jean 15, 1-8
Le mot de « demeurer » revient 8 fois dans ce bout de texte de saint Jean, 67 fois dans son évangile. Preuve de son importance.
L’image qui illustre ce verbe « demeurer » est celle de la vigne ; elle lui ajoute une vision dynamique. En effet, demeurer n’est pas se mettre à l’abri, tranquillement dans son coin à savourer notre chance mais rester attaché concrètement à Jésus, avec toutes les conséquences qui en découlent, comme le sarment de vigne est soudé au cep dont il tire sa nourriture.
L’insistance est mise une fois de plus sur la dépendance que vit le chrétien par rapport à Jésus alors qu’il rêverait parfois d’autonomie. Mais cette dépendance n’a rien à voir avec un lien à préserver comme un trésor, jalousement, dans notre intimité : il s’agit d’une nécessité vitale qui nous permet de rayonner. Le chrétien le comprend intellectuellement, si l’on peut dire, dans la foi : il se sait incapable de vivre par lui-même. Il en fait de plus l’expérience concrète quand il constate que sa vie chrétienne n’est pas constante. Elle fluctue selon la manière dont il maintient un rapport actif avec Dieu grâce à la prière mais grâce aussi au lien qu’il entretient avec ses frères puisque c’est par là également que la vie du Christ vient jusqu’à lui.
Nous avons été greffés sur Jésus mais il nous faut sans cesse réactiver cette connexion avec lui qui est le chemin par où nous arrive l’amour du Père. Ce chemin va d’ailleurs dans les deux sens puisque nous sommes invités aussi à le prendre en sens inverse et de notre propre initiative pour aller vers Dieu. La sève qui nous vient par là, c’est l’Esprit, souffle qui nous rejoint jusque dans nos veines comme la vie parvient jusqu’au fœtus par l’intermédiaire du cordon ombilical, sauf que ce cordon, il ne faut pas le couper… nous sommes sous perfusion ! Ce ne sont que des images… Celle de saint Jean est meilleure : Jésus est la vigne, nous sommes les sarments…
Ce courant de vie inonde tous les hommes sans exception, nul ne peut se défaire de cette énergie créatrice. La différence du chrétien tient à ce qu’il en est conscient et peut donc jouir de cet attachement, y trouver un dynamisme et une joie qui l’aide à passer les difficultés de l’existence. Celui qui se débranche quelque peu de ce flux ne perd pas la vie en totalité mais il se dessèche comme une branche coupée. S’il lui manque l’amour, il aura beau faire des choses extraordinaires, il perdra peu à peu l’essentiel et sera à la merci de bien des dérives.
De plus, le terme de « demeurer » semble désigner la paix qui habite celui qui sait qu’il est attaché à Jésus. Il a confiance quoi qu’il arrive, même quand il prend conscience qu’il va mourir, ou qu’il est trahi, ou qu’il craint d’avoir perdu sa route… Il se tient en sécurité comme un enfant aimé de ses parents qui sait qu’il peut jouer avec ce que la vie lui offre comme possibilités parce que rien de grave ne peut lui arriver. Il devient créateur à son tour.
Enfin le Père semble particulièrement heureux que ceux qui croient en lui témoignent par leur vie de la force de son amour. Le texte nous dit même que c’est de là qu’il trouve sa gloire.
Je ne sais pas trop ce que cela signifie mais je comprends au moins que, comme tout père, notre Père est fier de ses enfants quand il les voit s’épanouir et porter du fruit.
Un Dieu qui serait fier de nous, ça ne correspond pas bien aux images que nous nous faisons de lui mais ça fait toujours plaisir…