Espérance

C’est la crise, tout va mal : l’économie, la Bourse, la guerre, le chômage… Certains perdent des millions, ce qui ne les empêche pas de vivre, tandis que d’autres survivent difficilement par manque de quelques euros. Si au moins on avait quelques raisons d’espérer, mais on nous répète à l’envie que c’est fatal et qu’il n’y a pas d’alternative. Faut-il se résigner et faire le gros dos ?

Quelques-uns, comme Jean-Claude Guillebaud, entonnent une autre chanson : ils nous invitent à espérer malgré tout au prix de quelques ajustements, mais ils restent isolés. Je nous soupçonne même de délectation morose, nous qui ne parvenons pas à nous détacher du concert de catastrophes que débitent les informations. Un vieux fond charognard sans doute…

Comment faire le poids avec notre « petit Jésus », surtout qu’il ne devient grand que pour finir sur une croix ! Nous n’avons qu’un enfant à opposer aux défis mondiaux et la mort de Jésus ne semble pas avoir apporté de fruits visibles.

Pouvons-nous répondre avec notre foi aux défis économiques et sociaux ? Je ne le pense pas ; peut-être donner quelques pistes ? Il y a des spécialistes pour cela, à nous de les élire, de les soutenir, de les interroger. Mais tout ne relève pas de la technique. Un problème est sous-jacent : la perte de repères des gens autour de nous, sans compter la nôtre propre. Jésus souffrait en son temps de voir des gens perdus, comme des brebis sans pasteur et nous faisons le même constat. On parle d’individualisme, mais peut-on encore parler d’individu devant des personnes qui ne croient plus en rien, qui sont sans espérance, incapables d’analyser leur situation tellement ils ont été endormis par des discours démobilisateurs et défaitistes. Quels principes moraux tiennent face à la répétition du « tout est permis », « tout se vaut », « rien n’a d’importance à part gagner de l’argent » ? Il est de bon ton de rire de tout, même des politiques. Comment la démocratie peut-elle vivre si on tourne en dérision ceux qui sont sensés nous gouverner ? Si tous les jours se valent, s’il n’y a plus de fêtes, si les loisirs sont tournés vers la seule consommation… le temps coule, sans relief particulier, monotone, et les espaces de liberté sont consacrés à parcourir les allées des supermarchés. Comment réagir contre le chômage quand les fermetures se multiplient et que les lois sont défaites ? Comment se soigner quand les dépassements d’honoraires conditionnent les soins au niveau du compte en banque ? Où en est l’éducation des enfants, abandonnés devant la télé ou à leurs jeux vidéo, avec des parents trop fatigués pour s’occuper d’eux et trop désemparés pour leur donner des repères ? La défense de la vie est bien illusoire quand elle devrait déborder le cadre familial. La détresse environnante nous dépasse ? À qui profite le crime ? La question vaut d’être posée.

Ce rappel de problèmes, sous forme d’avalanche, n’a pas pour but d’ajouter à notre désespoir mais de nous rappeler que notre foi chrétienne nous donne des pistes pour intervenir sur ces sujets. Nous n’avons pas à nous excuser d’avoir des principes, des analyses, des idées critiques sur ce que nous vivons, des projets, des engagements responsables associatifs, politiques, syndicaux. Ceux qui pensent peu sont plus facilement manipulables. Ils réagissent selon leur affectivité ce qu’adorent les publicitaires et les exploiteurs. Il est triste de voir des groupes d’église qui participent à cette opération en réduisant la foi à l’émotion. Somme nous capables de proposer des repères ? S’il n’y a rien dans les évangiles sur les paradis fiscaux, il y est souvent question de la priorité à donner aux pauvres et aux petits ; ils nous mettent en garde contre l’argent quand il nous fait oublier les hommes ; on y trouve des invitations à ne pas supprimer la loi mais à la dépasser ; on nous dit de ne pas nous contenter d’aimer en paroles, mais en actes et en vérité ; il y a des propositions de sens pour notre vie… Si cette foi nous est commune, elle n’entraîne pas les mêmes choix pour tous, elle permet la diversité et même des engagements contradictoires.

Le Dieu de la Crèche, dans son extrême fragilité, nous ouvre des chemins de vie où les faibles sont les vainqueurs et la croix du Fils nous rappelle que des passages par la mort sont source de vie.

 

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