Famille

Nous sommes tous à la poursuite de la famille idéale et nous l’effleurons à peine. Attendris par le charme des petits enfants, nous avons du mal à nous retrouver dans leur parcours quand ils atteignent l’adolescence et se referment devant leurs écrans. Nous sommes admiratifs quand des jeunes se marient et leur engagement nous touche ; comment ne pas être désarçonnés quand nous apprenons leur séparation ? Sans compter ceux qui s’éloignent plus ou moins paisiblement des valeurs et d’engagements pourtant fondamentaux selon nous.

Nous n’avons pas envie de rejeter systématiquement ceux qui s’écartent, apparemment, de « notre » voie, encore moins quand ceux-ci nous sont proches. Il arrive même que nos convictions s’en trouvent ébranlées quand nous les trouvons épanouis dans leur mode de vie. Beaucoup semblent tellement se passer fort bien de nos conseils qu’il est difficile pour nous de se comporter en donneurs de leçons. Leurs choix de vie diffèrent des nôtres et nous sentons bien que c’est en partie en raison des évolutions normales.

Renoncer à transmettre quoi que ce soit, jouer les jeunes, flatter le moindre de leur comportement par souci de tolérance ou pour ne fâcher personne serait le pire. Certes nous avons évolué. Il n’est plus question d’imposer à d’autres les carcans religieux ou moraux dont nous nous sommes éloignés. Il serait scandaleux de défendre des attitudes auxquelles nous ne croyons plus ou sur lesquelles nous hésitons. Il est donc important de faire un point personnel sur ce à quoi nous adhérons fermement et que nous nous efforçons de vivre, tout le reste ne valant pas la peine d’être transmis.

Si, en particulier, nous ne considérons plus notre foi comme un fardeau à porter qui nous empêche de vivre pleinement mais, bien au contraire, comme une source renouvelée de paix et de joie, il serait criminel de ne pas inviter nos proches à la découvrir, en commençant par les enfants. Beaucoup se trompent sur les raisons de notre attachement à Jésus. Ils y voient l’expression d’un refus de la vie, d’une peur de la mort ou de l’enfer. À nous de les détromper ! Sommes-nous persuadés que la révélation de l’amour de Dieu ouvrirait leur vie ? Nous hésitons peut-être à parler par peur de ne pas trouver les mots. Il est vrai que l’exercice n’est pas facile mais ce n’est pas une raison pour ne pas essayer, tout en faisant attention à respecter leur liberté et à ne pas leur débiter des leçons apprises autrefois et qui sonnent faux désormais.

Un autre sujet délicat est la vie de couple. Nous sommes beaucoup à considérer que la stabilité est un facteur d’épanouissement et que le papillonnage sexuel est destructeur des personnes. Cette conviction est partagée par de nombreux jeunes qui s’engagent dans le mariage et même par certains qui, après avoir connu un ou plusieurs échecs, finissent par construire un couple stable. Qu’ils n’y parviennent pas immédiatement ne devrait pas nous empêcher de nous reconnaître dans leur aventure. Les voies qu’ils prennent tranchent avec la tradition mais ils construisent, à leur manière, un amour vrai et fécond. Où est l’essentiel pour que nous puissions les y rejoindre sans devenir comme eux ?

Il s’en trouvera plus d’un, je n’en doute pas, qui m’accuseront de brader la morale et la religion en baissant leurs exigences. Ils me feront part de leurs réussites avec leurs enfants qui suivent pleinement la voie qu’ils leur ont transmises (ceux qui n’ont pas d’enfants ne comptent pas !). Ils sont la preuve que c’est possible encore et je m’en réjouis. Je m’incline devant leur réussite tout en pensant à ceux qui connaissent des difficultés de transmission et qui sont tentés par le « tout ou rien ». Si nous étions proches de la perfection vers laquelle nous sommes tendus nous pourrions nous ériger en modèles. Mais ce n’est pas parce que nous ne le réalisons pas que notre idéal est dépassé. Il suffit peut-être de prendre conscience de nos propres limites pour reprendre espoir.

Unknown

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