Fragilités et espérance

Dieudonné nous quitte, un prêtre de moins. Brusquement nous voilà renvoyés aux fragilités de notre église, en particulier celles de notre secteur. Qu’allons-nous devenir ? Avons-nous encore un avenir ?

Allons-nous désespérer comme ceux qui annoncent la fin de notre religion ou qui se considèrent comme les derniers représentants d’un christianisme qui s’éteint ?

Allons-nous nous tourner vers le passé en revenant à des pratiques d’un autre âge ? Je ne pense pas que nous serions suivis par la majorité des chrétiens et ceux qui se tiennent à la porte de nos églises auraient peu de chance d’y entrer un jour. Je ne suis pas favorable à la reconstitution d’une église de purs.

Mais je crois en l’Eglise. Je crois que ce qui s’y passe, et bien au-delà de notre cas particulier, est une invitation de l’Esprit Saint à relever les défis de notre temps.

J’y crois d’abord grâce aux diacres. Ils constituent pour moi une grande cause d’espérance. Voir des hommes de plus en plus nombreux, en attendant les femmes, se mettre, avec efficacité, au service de l’Eglise est le signe de sa vitalité.

Ma deuxième raison d’espérer vient des laïcs. Eux aussi donnent de leur temps pour la mission et le service de l’Eglise sans se contenter d’un ressourcement dans la chaleur de petits groupes. Quand ils prennent en même temps leur place dans le monde ils sont témoins, d’une manière unique, de communautés au service des hommes et fières de rendre compte de la place de Jésus dans leur vie. Par vous l’Eglise se trouve complétée, elle se présente comme un corps vivant dans lequel tout le monde a sa fonction, du plus petit au plus grand, du plus jeune au plus âgé. 

Mais alors les prêtres ?

Nous sommes de moins en moins nombreux dans nos pays de vieille chrétienté. Ce n’est pas notre choix, mais nous pouvons malgré tout voir dans cette situation un appel de l’Esprit Saint ! C’est la moindre des choses pour un croyant!

Le danger pour le prêtre est qu’il se transforme en manager : son territoire s’élargit sans cesse, ses responsabilités également, il est censé avoir réponse à tout, tout maîtriser… Nous nous disons débordés alors qu’il nous faudrait témoigner par notre confiance et notre foi.

Plus que comme celui d’organisateur, je conçois notre rôle comme celui de président. Comme nous présidons les messes sans pour autant prétendre tenir tous les rôles, nous avons à présider une communauté. Être des facteurs d’unité, de concorde entre les groupes, éviter qu’une personne ou une équipe s’empare de tous les pouvoirs, donner des orientations en concertation avec les responsables d’un secteur et en communion avec l’Eglise diocésaine et mondiale, laisser les initiatives se développer quand elles vont dans le sens du bien de tous… Tel est l’idéal que nous poursuivons.

Le concile parle du prêtre comme le représentant du Christ en personne. Vaste programme ! Cela suppose au moins une prise de distance par rapport au préoccupations quotidiennes, ne pas crouler sous les tâches, témoigner du fait que le compagnonnage avec Jésus est la source de la vie. Tenir la tête hors de l’eau en se dégageant de certaines préoccupations pour garder le cap et s’assurer des directions à prendre. Tenir dans la prière afin de ne pas oublier que la vie nous vient d’ailleurs. Ce n’est pas ce que je fais mais ce que je cherche à faire.

Ceci dit, une tête sans corps est une tête sans vie. Je crois en l’Eglise grâce à Dieu et grâce à vous. 

Mais, sans vouloir être trop vulgaire, il va falloir se bouger les fesses !

 

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