Henri nous a quittés le 30 décembre à 17h15.
La Samaritaine était le texte choisi pour ses obsèques.
Henri ne ressemblait pas à Jésus sur tous les plans : ce n’était pas son style de demander de l’eau à une femme, pas plus qu’à un homme… Peut-être quand même cette eau que l’on boit à la source, le long des sentiers de la vallée d’Aspe.
Par contre il était habité par la soif de la Samaritaine, soif d’absolu, d’une eau qui comble totalement celui qui la boit, une eau porteuse de vie éternelle. Soif d’amitié, d’amour, d’être reconnu et aimé, de se donner aux autres.
Je ne peux parler que de l’Henri qui m’a marqué, chacun de ceux qui l’ont connu a gardé des images particulières de lui. Il avait de multiples facettes, suivent celles auxquelles j’ai été sensible.
Pour moi Henri était un homme à histoires, entendues souvent à plusieurs reprises :
- •Celle de la prostituée rencontrée dans un train. épisode qui rappelle celui de la Samaritaine tant Henri, comme Jésus, s’était montré plein de délicatesse et de respect. Elle s’était sentie reconnue par lui et aimée, ce qui ne devait pas lui arriver souvent.
- •Celle de Brigitte Bardot qu’il avait ramassée un jour sur une piste de ski, sans bien sûr savoir que c’était elle. Il ne l’a compris que plus tard !
- •Celle du japonais qui avait fait un signe de croix devant lui pour lui faire comprendre qu’il était chrétien. Celle-là il la ressortait à toutes les obsèques !
- •Celle des truites apportées par Alain Rousset et qu’ils avaient mangées à Osse.
Mais il y en avait bien d’autres…
Henri était aussi un béret qui se promenait sur la place du centre ville de Pessac. Il saluait sans discrimination, embrassait toutes les femmes qu’il pouvait, échangeant avec les uns et les autres, les abordant par un « D’abord toi, comment vas-tu ? » Il a tissé ainsi des relations souvent profondes, familières en tout cas et sur le long terme.
Il connaissait les employés du cinéma, les restaurateurs de la place et des environs où il avait table ouverte. Il était intime avec les serveurs dont il connaissait la vie, preuve de son attention à tous. Il aimait beaucoup y inviter des amis. C’est grâce à lui que j’ai découvert le Haut Bacalan…
Dans les centres de soins où il a résidé il était familier avec tout le monde, tutoyant celle qui faisait la chambre, aussi bien que l’infirmière, le kiné ou la directrice. Personne ne paraissait s’en offusquer : c’était Henri et chacun aimait parler avec lui et venait le voir en dehors des motifs de service.
C’était une de ses caractéristiques : son attention à tous, la mémoire des personnes rencontrées, sans distinction de religion ou d’engagement. Il m’avait dit : « celui-là il est franc maçon, mais il est très ouvert ». Il avait même des amis de droite !
Henri était aussi un homme d’église. Une église qui le faisait souffrir parfois, il n’était pas prêt à revenir dans son diocèse d’origine ! Mais il reconnaissait en elle sa mère, celle dont il avait beaucoup reçu. Sa foi était très marquée par l’Action Catholique, il insistait sans cesse sur le lien entre la vie et la foi : pas une foi qui part dans les nuages, et une vie qui se laisse interroger par l’évangile. Il invitait ceux qui lui semblaient prêts, à entrer dans une équipe, d’ACI de préférence, à rejoindre d’autres croyants pour ne pas rester à prier dans son coin. Grâce à lui, Pessac doit détenir le record national du nombre d’équipes d’ACI dans une ville.
La dernière année d’Henri a été très importante selon moi. Il me semble qu’il a encore gagné en profondeur, comme beaucoup de ceux qui connaissent la mort ; ses défauts se sont estompés tandis que ses qualités se sont révélées davantage : qualités d’écoute, de disponibilité aux autres, de mémoire des itinéraires de chacun. Après ses périodes de coma, il avait retrouvé une grande lucidité. Il disait : « j’ai ressuscité ! ». Il était entré dans une paix impressionnante, disant : « tu sais, je ne m’ennuie pas : j’ai beaucoup de visites, il y a la télévision, RCF et puis on s’occupe de moi. » Il a toujours aimé se faire chouchouter et là il était servi ! Et quand il me demandait : « comment va la vallée ? », lui qui était de la vallée d’Aspe, je savais qu’il s’agissait de la vallée d’Ossau et de mes parents.
Il a été agréablement surpris pendant cette période par le nombre de visites de ses confrères prêtres. Il a mieux réalisé qu’il faisait partie d’un corps solidaire. Heureux que l’évêque lui téléphone. Il se sentait plus concrètement d’église.
Il est parti dans la paix quand sa sœur et son beau-frère sont arrivés.
