Joyeux Noël

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Dieu qui se fait homme, voilà une idée insupportable pour les musulmans, et il s’agit là d’ailleurs de l’une de nos différences fondamentales et fondatrices. Pour les chrétiens en effet, c’est bien le Dieu tout-puissant, éternel, omniscient… qui nous rejoint dans notre humanité. Il accepte de perdre ses prérogatives pour venir jusqu’à nous, il se fait petit enfant pour se rendre accessible, pour se faire aimer puisqu’il n’y a guère que les petits enfants que nous aimons spontanément… et encore ! Il faut être infiniment grand et puissant pour oser une telle aventure. Les hommes « forts », les « grands de ce monde », tentent, eux, de s’imposer en étalant leur force, en faisant en sorte de prendre le pouvoir, en montrant leur supériorité. Les dieux, finalement, sont jugés comme des hommes à l’aune de leur efficacité, de la qualité des miracles qu’ils sont censés accomplir en notre faveur, à la distance qu’ils maintiennent entre eux et nous ; quant aux puissants, ils sont évalués au niveau de leur compte en banque ainsi qu’au nombre de personnes qui leur sont soumises.

Rien de tel pour le Dieu des chrétiens dont la naissance passe quasiment inaperçue et qui ne révèle sa vraie nature que progressivement, au cours d’un long processus encore à peine ébauché. Dieu prend le risque de l’insignifiance pour nous sauver de nos violences ; il finira même par en mourir. Mais n’anticipons pas … !

Tous les chrétiens en Église n’ont pas une telle assurance. Ainsi certains cherchent-ils à imposer leurs idées, à montrer qu’ils sont les meilleurs, ils ne rechignent pas à prendre le pouvoir, ils regardent avec condescendance ceux qui ne pensent pas comme eux. Enfin pas tous ! Tout au contraire, d’autres sont tellement humbles qu’ils n’ont plus aucun goût. Ils sourient béatement en permanence, bénissant tout ce qui arrive.

Ce n’est pas cela être comme des enfants, comme Dieu : à la fois conscients de l’espérance extraordinaire qui est en nous, fiers, avides de la partager et, dans le même temps, nous approchant avec respect de ceux que nous voudrions considérer comme des frères. Je trouve que le pape François est un bon exemple de la juste attitude à trouver entre audace et proximité.

La laïcité à la française est également un cadre intéressant pour les disciples de l’enfant Jésus : elle modère nos tentations de prendre le pouvoir et d’imposer nos vues tout en nous permettant d’exprimer librement notre foi tant que nous ne troublons pas l’ordre public.

Hérode avait bien raison de craindre que la naissance de Jésus mette son pouvoir en danger mais pas de la manière qu’il imaginait. Nous ne sommes qu’au début du bouleversement amorcé par l’enfant de la crèche. Les puissants n’en tremblent pas encore. Saurons-nous déstabiliser leur arrogance ?

Joyeux Noël…

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