« C’en est fini de la religion ! », « Les églises se vident ! », « Il n’y a plus de curés ! » « Avec la science, les techniques, la société de consommation, plus besoin de Dieu ! » Est-ce bien sûr ? Vivons-nous la fin de la religion ? Je pense que nous sommes devant une mutation profonde, au moins pour ce qui concerne le christianisme mais un rebond est possible… j’espère.
Le christianisme a profondément marqué notre société. Si son influence n’a pas été unique, il faut bien reconnaître que ses valeurs, ses fêtes, ses coutumes, sa morale, ses traditions… ont modelé tant les personnes que les institutions pour le meilleur et certains disent pour le pire. Que s’est-il passé pour que l’on doute aujourd’hui de son actualité ?
Une construction en danger
Cet héritage a été progressivement absorbé, digéré. Les valeurs ainsi que la morale sont passées de chrétiennes à naturelles ou républicaines, les fêtes ont été laïcisées, les raisons d’agir ont trouvé d’autres motivations et l’espérance s’est concentrée sur notre monde reléguant le meilleur des mondes au rang de fantasme.
Des militants chrétiens en sont le symptôme. Engagés dans le monde au nom de leur foi pour instaurer davantage de justice, pour changer les conditions de vie des petits, pour libérer les opprimés, ils ont rejoint, en toute logique, ceux qui, comme eux, agissaient pour leurs frères. Chacun s’est reconnu dans la noblesse des motivations de l’autre : ils partageaient les mêmes raisons de lutter, la recherche de l’efficacité pour modifier les conditions de vie, le souci d’analyser les situations et l’espérance que les changements de structures promettaient. Les approches humaines ont progressivement pris le dessus jusqu’à faire de la foi un supplément facultatif, d’une efficacité peu probante à côté des moyens politiques et syndicaux, ainsi que des progrès des sciences et des techniques. Il faut reconnaître que la religion n’est pas d’une grande utilité quand il s’agit de gérer une société, d’analyser des situations ou de trouver des formes de gouvernement. Certains ont rangé leur foi dans les périphéries de leur existence, d’autres l’ont laissée dépérir peu à peu et ne l’ont pas transmise.
Ce mouvement de laïcisation est général et dans la ligne du christianisme si celui-ci est bien, comme l’écrit Marcel Gaucher, « la religion de la sortie de la religion ». La religion, en effet, a longtemps servi à boucher les trous de notre connaissance. Alors, quand les trous sont comblés par les sciences et les sagesses humaines, qui font reculer l’ignorance, la religion est expulsée de ses niches habituelles. Ainsi, une affirmation évangélique : « Dieu est amour » se renverse facilement en « l’amour est Dieu » et bientôt on dira que l’essentiel est l’amour et que l’on peut se passer de Dieu. De même, si le Dieu de l’Ancien Testament a libéré son peuple, Jésus à son tour nous a libérés du carcan de la loi juive et un pas de plus suffit pour nous libérer de la religion en déclarant que la liberté, l’un des trois piliers de la République, est inscrite dans la nature humaine. Une évolution semblable s’est produite avec la dignité de chaque homme : elle s’est appuyée largement au départ sur l’idée d’un homme créé à l’image de Dieu et aimé par lui d’une manière unique, jusqu’à ce qu’on s’avise que l’on n’avait pas besoin de cette origine pour trouver l’homme respectable.
L’attention à l’autre n’a plus besoin d’une obligation divine si elle est la conséquence logique de notre condition humaine. Les préceptes moraux s’imposent « naturellement » au nom de l’humanité et non de notre foi en Dieu. Ainsi la religion, avec ses implications morales, se trouve mise de côté, reléguée dans l’intime, empêchée d’influer sur la vie de la société. Sa justification principale était de participer au maintien de l’ordre et la voilà dépossédée de ce rôle. Elle qui a fait exploser bien des systèmes de pensée, des structures sociales opprimantes (avant parfois d’en créer de nouvelles aussi peu libératrices !), qui a réorienté des morales et promu des principes se voit à son tour mise sur le côté au nom d’un humanisme plus englobant ; elle est rangée à côté d’autres sagesses ou religions et perd la prééminence qu’elle revendiquait. Elle se désintègre à son tour. Certains y voient une excellente nouvelle : nous serions enfin libérés de ce fardeau obscurantiste !
Où sont les repères ?
Cependant, (faut-il y voir une relation de cause à effet ?) il semble que l’on assiste aujourd’hui à une détérioration du fonds humaniste dans lequel puise notre civilisation. Privés de références ultimes, beaucoup d’hommes peinent désormais à motiver leurs élans généreux. « Moi d’abord ! Les autres après s’il reste de la place ! » Seules les motivations écologiques ont encore un peu d’impact.
La priorité donnée à la personne se transforme souvent en individualisme forcené quand l’égoïsme ne l’emporte pas sur le respect. L’intérêt de chacun prend le pas sur la solidarité.
Tout le monde s’accorde à reconnaître l’importance de l’amour… sauf qu’il se limite de plus en plus au cercle restreint de la famille ou à l’attrait des plaisirs fugaces. Une pub dont le slogan est « pour lui dire je t’aime » s’adresse même à un chat, signe que les animaux de compagnie peuvent passer avant le voisin…
Si chacun revendique avec force la liberté de penser et d’agir à sa guise, elles se résument souvent au libéralisme, à la suprématie du plus fort, au chacun pour soi.
On voudrait nous faire croire que les contraintes sont supprimées en même temps que s’affaiblit l’influence de la morale et de la religion alors que d’autres forces oppressives, insidieuses, prennent de plus en plus de place. Nous sommes manipulés par la publicité, les jouets de la mode, soumis au regard des autres qui nous juge et nous contraint au conformisme. Nous sommes filmés, suivis à la trace sur internet et par l’intermédiaire de nos téléphones portables, c’est désormais dans les médias que nous puisons nos idées « personnelles ».
Nous prétendons choisir nos valeurs alors que ce qui compte le plus c’est l’argent, la réussite, le pouvoir… même quand nous en sommes privés. Le profit étant prioritaire, l’homme est relégué au statut de variable d’ajustement. Les grands idéaux font sourire, chacun cherche à sauver sa peau.
Il m’arrive de penser que je noircis le tableau et que les jeunes vont inventer, à leur façon, un monde où il fera bon vivre. Il vaudrait mieux alors faire confiance en l’avenir et attendre que les générations futures règlent les problèmes qui nous dépassent. Je crains qu’il ne faille réagir tout de suite tant le monde est mal parti.
Bloquer le mécanisme
Ce n’est pas qu’une question de foi en Dieu. Je me refuse à croire qu’il n’y a pas de vie sociale respectueuse de tous en l’absence de religion. D’ailleurs, face à ces dérives, renverser le mécanisme est la préoccupation de beaucoup d’humanistes qui, avec les chrétiens, souhaiteraient remettre l’homme au centre du dispositif social. S’indigner, entrer en résistance, protéger l’humanité et sa planète, stopper la course folle du profit, remettre en cause le progrès à outrance dans ce qu’il a de destructeur… expriment un désir profond de remettre notre monde à l’endroit. Sans un tel effort, nous ne pourrons pas faire obstacle à la barbarie de la recherche obstinée du profit maximum et du pouvoir, à la domination de l’argent, à la stérilisation des sciences. Les chrétiens se doivent d’y participer aux côtés de tous les humanistes et ils ne manquent pas de moyens. Cependant, ce n’est pas leur mission première.
Cette action, qui est leur premier devoir, ne comble pas pleinement les croyants parce qu’elle réduit la foi, à nouveau, à une raison supplémentaire d’agir et d’espérer, à un supplément d’âme ; elle présente les hommes de foi sous les traits de gens trop faibles pour se passer de béquilles. L’évolution actuelle fait littéralement exploser la religion et la situation est trop critique pour en appeler à des soins palliatifs.
L’heure est grave ! Il faut comprendre les croyants : ils ont l’impression que, au cours des siècles, ils ont modelé la société grâce à leurs principes et leur morale. L’Église a su imposer sa vision de la famille, du respect de la vie, de la sexualité, sa grande obsession ! Le calendrier est liturgique, les étapes de la vie sont ponctuées de gestes religieux, les prénoms sont ceux de saints, l’Église est à l’origine de lois multiples et se prend pour la protectrice de l’homme, la garante de l’ordre et de l’équilibre social. Elle avait conquis une position dominante au point qu’on parle des origines chrétiennes de notre civilisation ; elle a perdu sa place. Encore persuadée de posséder la Vérité majuscule, elle ne sait plus comment l’imposer à tous pour le plus grand bien de l’humanité.
Certes, une telle prééminence n’a pas été sans dérives. L’Église a régulièrement fait preuve d’intolérance en imposant ses règles de manière violente, elle s’est révélée incapable de s’ouvrir à des pensées ou des méthodes étrangères. Elle est allée jusqu’au meurtre quand ses discours ne suffisaient plus. Elle en a convenu tout en restant assez fière du résultat global de son influence séculaire : au prix de quelques hypocrisies on pouvait encore parler de société chrétienne. Or ce bel édifice est en train de s’écrouler, ce qui semble signer l’échec du christianisme. Parce qu’ils ont oublié la parole de Jésus : « mon Royaume n’est pas de ce monde », les chrétiens ont confondu la société chrétienne qu’ils ont rêvé de construire avec le Royaume de Dieu et ils vivent mal que leur œuvre soit mise à mal.
Ce qui s’est passé en Irlande est significatif : parce que la majorité des citoyens a voté pour la légalisation du mariage homosexuel il faudrait en conclure que la foi s’absente de ce pays, comme si Jésus était venu sur la terre pour empêcher que les gays se marient !
Comment la religion peut-elle exister de nouveau dans le contexte actuel ? Maurice Bellet (prêtre psychanalyste à qui j’ai emprunté quelques idées et le titre de son livre L’explosion de la religion) parle d’ « effet boomerang », sorte de retour après explosion ; de même Lacan écrivait que le christianisme n’avait pas dit son dernier mot…
Arrière toute !
Certains prônent la marche arrière : il faut que l’Église retrouve sa place, impose ses vues, redevienne visible, montre sa différence, parle haut et fort au nom de « la » Vérité. Elle aurait perdu son influence, parce qu’elle s’est rapprochée de ses contemporains, son adaptation au monde actuel l’a rendue insignifiante. Ayant perdu ses signes ostentatoires, elle est devenue invisible. Il lui faut reprendre de la distance, disent-ils, et arrêter les compromis. Des groupes se constituent, intégristes ou pas, qui rappellent les lois de l’Église, les obligations du chrétien, multiplient les exigences, s’affichent… Comme dans le cadre de l’islam radical, certains sont séduits par cette rigueur renouvelée, d’autres s’éloignent mais ce n’est pas grave : ils ne fréquentaient pas vraiment les églises ! L’essentiel serait de reconstituer une Église de purs, prêts à reconquérir le monde !
Le risque est de revenir aux anciennes méthodes de culpabilisation, longtemps familières à l’Église : on tire des enseignements religieux l’image d’une perfection hors d’atteinte et l’on tente de l’imposer. Comme les efforts déployés par le croyant pour y parvenir sont obligatoirement voués à l’échec, il s’ensuit un sentiment d’impuissance devant le chemin à parcourir, une dévalorisation de soi, parfois aussi un fort ressentiment contre ceux qui ne prennent pas la même voie. L’intérêt de la méthode est de présenter l’institution comme incontournable puisqu’elle est la seule à pouvoir pardonner aux fidèles et à les encadrer sur le droit chemin. Pourtant, combien d’hommes d’aujourd’hui se laisseront prendre à ce jeu ? Il fonctionnera principalement avec des personnes faibles, perturbées ou nostalgiques des temps anciens.
Retour à la Croix
Un retour en arrière est nécessaire mais au-delà du temps où l’Église se voulait dominatrice, bien plus loin, jusqu’à l’origine. Notre foi s’est construite sur la Croix, sur cette aberration d’un Dieu crucifié, faible au point de mourir pour nous et à cause de nous. Rien à voir avec un Messie prenant le pouvoir, imposant sa morale et sa loi au monde. L’aurions-nous oublié ?
Aujourd’hui l’Église est crucifiée comme Jésus en son temps, elle explose sous les coups de boutoir du monde actuel. Pourquoi ne serait-ce pas une bonne nouvelle si cela met à mal ses fantasmes de domination sur le monde qu’elle prétendait régenter ?
Régulièrement les chrétiens ont pensé que la fin des temps était proche : déjà les premiers disciples, saint Augustin avec l’arrivée des barbares… Pour nous aussi les barbares sont à nos portes, est-ce la fin ? L’Apocalypse ne va jamais sans une grande violence, des pans de l’idéologie chrétienne s’effondrent, n’est-il pas temps de revenir à l’essentiel ? Répondre à cette violence par un raidissement institutionnel pour reprendre le pouvoir est non seulement un rêve irréalisable mais est de plus en contradiction formelle avec le message de Jésus. Il faut revenir à l’essentiel. Encore faudrait-il s’entendre sur ce dont il s’agit.
La mission de l’Église
Pour peu qu’on lui accorde un tant soit peu d’intérêt, Jésus a été envoyé dans le monde pour annoncer une nouvelle extraordinaire : nous avons au milieu de nous un Père qui nous aime : il insuffle sa vie dans notre monde, il est la source de tout amour. Jésus ressuscité nous a promis d’être avec nous, jusqu’à la fin, par son Esprit. Il nous dit qu’il est présent en chaque homme, particulièrement les plus pauvres, les rejetés, les prisonniers, ceux qui sont mis à l’écart parce qu’ils ne correspondent pas aux normes. Bonne nouvelle pour les isolés, les abandonnés de tous, ceux dont la vie n’a plus de sens dans un monde désespérant. Jésus nous envoie à notre tour non pour faire la morale ou pour prendre les commandes du monde mais pour chercher à reconnaître cette présence, pour en vivre et pour en témoigner.
Les religions ordinaires nous parlent d’un Dieu lointain, caché derrière quelque nuage, surveillant et punissant les hommes récalcitrants… Le Dieu dont nous avons à témoigner est immergé dans notre monde. Inutile d’aller ailleurs pour le trouver, c’est en respectant et en aimant l’humanité que nous avons accès à lui. Déconsidérer l’homme c’est se fermer à sa rencontre puisqu’il nous appelle en chacun. Aimer notre prochain nous rapproche de Dieu. Ce n’est pas en fuyant le monde que nous découvrons Dieu mais en nous y impliquant totalement, en jouissant pleinement des richesses d’expériences qu’il nous offre, puisqu’il est là.
Le ciel n’est pas dans un au-delà inaccessible puisqu’il est vie avec Dieu et cette vie commence dès aujourd’hui, dans nos pratiques quotidiennes. Dès que nous aimons, nous vivons de Dieu puisque Dieu est amour et cette vie se poursuit en lui à notre mort physique. Ne plus être perdus, seuls dans un monde inhumain mais chercher à vivre en communautés dans la présence chaleureuse de Dieu, tel est le contenu de l’annonce que nous avons à faire et elle est sans condition morale préalable.
Mais qui est capable de proclamer une telle espérance ? À en croire quelques chrétiens et groupes d’Église, il serait nécessaire, pour recevoir cette bonne nouvelle, d’être marié religieusement, hétéro, ne pas prendre la pilule, aller à la messe tous les dimanches, voter correctement…
Ce n’est pas simple non plus pour les hommes d’Église. Beaucoup se sentent dépassés, écrasés par leur tâche et désespérés parce qu’ils sentent bien que la voie qu’ils ont prise est sans issue. Ils ont perdu les repères sur lesquels ils avaient construit leur vie. Ils ne sont plus capables d’ouvrir des chemins nouveaux. Le pape secoue tout ce beau monde mais la plupart sont trop fatigués pour le suivre vraiment ou bien ils s’accrochent désespérément aux petits restes de pouvoir qu’ils ont encore, d’autant plus raides qu’ils sont fragilisés.
Espérons-le, les chrétiens finiront par reprendre conscience du caractère fantastique de leur message. Ils vont lâcher leurs bondieuseries pour rejoindre, dans la foi, les attentes de leurs frères et elles ne manquent pas. Quant à ceux qui ont abandonné leur relation à Dieu, ils vont peut-être comprendre qu’en abandonnant la source ils ont laissé échapper l’essentiel. Ils ont cru être plus pleinement fidèles aux hommes et se consacrer totalement au service de leurs frères en abandonnant leur vie de foi. Mais si pour le chrétien il n’y a pas de chemin vers Dieu en dehors de l’homme, nous constatons combien le chemin vers l’homme se perd plus rapidement quand il n’est pas animé par l’amour de Dieu.
Si Dieu est présent dans ce monde dont il est l’âme, toutes les créatures vivent par lui et la foi n’est pas indispensable. Il n’empêche que si nous sommes avides de contempler sa trace dans la moindre expérience de nos vies, nous rompons avec la solitude que nous ressentons parfois.
Cependant, il ne fait rien à notre place et pour la moindre de nos actions nous sommes renvoyés aux moyens humains que nous inventons au cours des âges. C’est pour cela que l’on en arrive si facilement à douter de son existence. Un Dieu trop entreprenant nous gênerait aussi, sans nul doute !
Le Royaume de Dieu
La morale, l’organisation de la société, la justice, la paix entre les hommes, le respect… font partie des préoccupations essentielles des chrétiens, c’est leur devoir, leur engagement incontournable. Ce faisant, ils suivent Jésus qui a été sensible au désarroi des hommes et qui a fait son possible pour apaiser les maux de son temps. Par contre, le Christ ne nous a pas indiqué les moyens à prendre pour servir nos frères et ses manières de faire sont inapplicables aujourd’hui. Il est de notre responsabilité d’homme de les inventer et les chrétiens ont des exigences qui viennent de leur foi sans avoir de moyens particuliers, ils ont cependant une obligation de résultat pour que leur engagement soit sérieux.
Il y a quand même un avantage que nous donne la foi et qu’il ne faudrait pas minimiser : elle ouvre l’avenir, nous apprend à ne pas tout miser sur le résultat immédiat. Certains nous reprochent ce comportement qui nous fait perdre, selon eux, en efficacité. Il nous sauve cependant souvent du désespoir devant la fragilité de l’espérance vu le caractère limité de nos constructions. Beaucoup insistent aujourd’hui sur le danger de se projeter dans l’avenir, ils nous invitent à profiter du temps présent, à goûter avec reconnaissance les moments positifs de notre existence. Face à la disparition des grandes utopies, mieux vaut effectivement essayer de se satisfaire de ce qui vient. Si le conseil est judicieux, il est frustrant de se contenter de petits plaisirs alors que notre désir est sans limite. On nous dit que c’est notre condition d’homme et qu’il faut apprendre à s’en contenter.
La donne est radicalement différente si notre quotidien est le lieu où nous pouvons régulièrement faire l’expérience de la rencontre de Dieu à travers les autres. Notre vie devient un lieu sacré, l’homme est habité, nous sortons de la routine. L’espérance humaine n’est pas minorée, il est toujours aussi important de permettre que l’homme prenne la place centrale dans notre monde. Cependant, même si la perspective de lendemains qui chantent s’éloigne, même si l’injustice est toujours là avec la violence et les guerres qui l’accompagnent, même si la mort est toujours d’actualité, notre horizon s’ouvre, bousculant nos limites. Bien plus, Dieu s’invite à chacune de nos rencontres comme un avant-goût de la plénitude qui nous attend. Il transforme la moindre de nos fêtes en anticipation du Royaume. Nos expériences du Royaume sont fugitives et parcellaires, il n’en reste pas moins vrai que le Royaume des cieux n’est pas aux cieux mais sur la terre. La vie avec Dieu et avec nos frères défunts c’est tout de suite, ici-bas, même si la plénitude est pour plus tard.
