Ils exagèrent, les cathos, avec la Vierge Marie !
À partir des quelques lignes qui lui sont consacrées dans les évangiles, que de livres sur elle, de sermons, d’articles, d’encycliques, de déclarations plus ou moins officielles, d’églises Notre-Dame… Les « Je vous salue Marie » s’égrènent à l’infini, on se tourne vers ses statues pour la prier avec dévotion, certains projettent en elle leurs fantasmes et leurs frustrations, leur amour un peu trouble. Pour beaucoup, elle est devenue la figure centrale de notre religion. Combien de pèlerins de Lourdes n’ont que ce contact avec la religion ? Elle qui ne cesse de nous renvoyer vers son Fils, la voilà considérée comme une déesse dont on tente de s’attirer les bonnes grâces, dont on attend des miracles. Dans la religion populaire, Marie est devenue l’incarnation de la Mère universelle qui reprend des éléments du vieux fonds païen.
Si les catholiques en font trop, il manque à l’Islam qu’une telle figure de femme prenne place dans leurs dévotions, histoire de rééquilibrer quelque peu le pouvoir des hommes. Même en dehors de ces chefs de tribus qui ne sont pas prêts à une telle aventure, peu de musulmans éprouvent un tel besoin. Sans doute que le judaïsme lui aussi serait moins austère si on rapprochait une femme de ce Dieu dont on ne peut même pas prononcer le nom, histoire de donner un peu plus de consistance à ce que l’on dit de sa tendresse de mère. Quant aux protestants, s’ils sont agacés à juste titre par certaines pratiques mariales, ils gagneraient en douceur si les pasteurs, hommes et femmes, s’inspiraient des vertus que l’on attribue habituellement aux femmes. Sans généraliser, puisque certaines de leurs célébrations débordent d’affectivité, une figure féminine dans leur théologie ne serait pas inutile… si je peux me permettre !
Reconnaissons-le, il ne suffit pas de vénérer la Vierge Marie pour être à l’abri des dérives machistes, l’Église catholique en est la preuve ! On chercherait désespérément des traces de douceur maternelle dans les condamnations sans appel mais habillées de théologie, dans la misogynie des prêtres qui s’aggrave au fur et à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie, dans la mise à l’écart des femmes de certaines fonctions, dans le désir persistant de contrôler ce qui a un rapport avec la sexualité. Il est constamment question d’amour dans les discours de l’Église et pourtant ses déclarations ne touchent pas vraiment nos contemporains qui se sentent rejetés par ce qui est dit.
Alors, quand le pape, inspiré par sa piété mariale, nous invite à oser la tendresse, ça nous fait tout drôle, on n’est pas habitué ! Quand il multiplie les gestes qui vont dans le sens de la douceur on se dit qu’il y croit peut-être et qu’il faudrait nous y mettre nous aussi ! On n’ose pas encore avoir de la tendresse pour un monde qu’on nous a tellement appris à suspecter, voire à condamner. Faut-il avoir de la tendresse même pour les pécheurs, pour les hérétiques, pour tous ces mauvais sujets que l’on rencontre au quotidien ? Et pour ces faibles, ces rejetés dont personne ne veut ? Pour les handicapés, pour les malades, pour les personnes âgées, pour tous ceux qui sont déclarés non-rentables parce qu’ils ne participent pas à la croissance ? Pour eux aussi ?
François n’exagère-t-il avec la Vierge Marie ? Sans doute est-ce son côté sud-américain non dégagé encore de la Pacha Mama ! Mais pourquoi se priverait-il de ce vieux fonds séculaire qui anime l’humanité ? Ce courant qui vient jusqu’à nous est celui de la vie, il est donc divin : rappelons-nous que, au cours de son histoire, le christianisme n’a pas manqué de se rapprocher de traditions populaires en les orientant vers le Christ. Pourquoi ne pas y participer à notre tour en abandonnant au passage la Pacha Mama au profit de l’Esprit Saint ? Et si les croyances sud-américaines ne nous inspirent pas, il y a également Spinoza avec son Deus sive Natura, Dieu ou la Nature, il nous invite lui aussi à entrer en communion avec les puissances naturelles qui donnent la vie. Passer par lui avant de l’abandonner à son tour, avec reconnaissance.
La dévotion à la Vierge Marie fait remonter de notre inconscient des formes de religion qui ne sont pas d’une parfaite pureté théologique. Mais la recherche de la pureté absolue conduit à la mort, celle que l’on donne et celle qu’on se donne. Pourquoi ne pas choisir la vie en acceptant, au besoin, des aspects de la religion populaire… moyennant quelques contrôles.
Je ne confonds pas les trois représentations de Marie qui sont dans mon bureau avec des idoles qu’il faudrait prier mais j’y tiens. La première est une icône de l’Annonciation parce que c’est là que tout a commencé. Sur une autre icône Marie montre son Fils, détournant notre regard vers lui. La troisième est une grande statue malgache représentant Marie en marche, portant son enfant, image du comportement que tous les chrétiens devraient adopter. Son visage doux et serein me fait beaucoup de bien
Je te salue Marie. Prie pour nous. Apprends-nous la tendresse.
