Miséricorde !

Miséricorde : vertu de l’ancien temps ou projet pour aujourd’hui ?

Le pape François est pour la deuxième hypothèse puisqu’il nous propose d’entrer dans une année de la miséricorde.

Voilà un bien joli mot en tout cas qui joint le cœur (corde, comme on dit en latin) et les misérables (miseri) : avoir un cœur sensible à ce que notre monde compte de misère, son cœur auprès des pauvres. Tout un programme…

Invitation à être comme Dieu, pas moins ! Dès le premier livre de la Bible en effet, Dieu, déçu par les suites de sa création, revêt de peau les hommes qui l’ont défié, il met sa marque sur Caïn pour le protéger. Le Déluge semblait pouvoir servir de solution finale mais rien n’y fait : les hommes retombent dans leurs mauvais travers. Dieu se résout alors à s’accommoder de la situation et à prendre l’humanité telle qu’elle est. Avec Abraham, il change de tactique : en faisant alliance avec lui, il se choisit un peuple qu’il formera progressivement jusqu’à ce que celui-ci s’agrandisse aux dimensions de l’humanité entière. Dieu passe de la punition à l’éducation.

Beaucoup trouvent sa gentillesse exagérée : il pardonne trop facilement ! Un Dieu juste devrait punir les coupables et récompenser les justes ; c’est de cette façon que toutes les religions l’imaginent. Pourquoi le prier sinon ? Tel que nous le présente Jésus c’est pire encore, sa miséricorde atteint des sommets : le père de la parabole, sans écouter les excuses de son fils prodigue, sans lui faire le moindre reproche, lui redonne la place qui était la sienne, il accueille sans broncher celui qui a dilapidé sa part de fortune avec des filles… Il fait même la fête en son honneur ! Il a bien raison, le fils aîné : il exagère ! Ceux qui agissent mal doivent être punis sinon c’est trop injuste ! On ouvre la voie à toutes les dérives !

Déjà, dans l’Ancien Testament, Dieu ne se pose pas toujours en justicier. Quand Moïse lui demande son nom, il répond : « Je suis là ». Dieu est toujours là dans notre histoire, et c’est comme cela qu’il se définit. Il nous attend, il est proche et si nous nous éloignons, il espère notre retour ; il nous aime trop pour tenir rigueur de nos écarts, il n’a aucune envie de nous punir. Au moindre mouvement de retour de notre part, il nous invite à reprendre la route avec lui. Il est là quand nous sommes abandonnés de tous. Son alliance est éternelle.

Jésus voudrait que nous soyons aussi miséricordieux que son Père : être là, auprès de nos frères mais nous sommes trop épris de justice ! Nous pensons que tout coupable doit subir une punition appropriée, qu’il faut que le méchant rentre dans le rang avant d’avoir droit à notre considération. L’idée de tendre l’autre joue nous est insupportable. Pourtant c’est la vengeance qui devrait nous faire horreur parce qu’elle nous fait entrer dans un engrenage de violence sans fin ; regardons l’actualité ! Répondre par une démarche positive à celui qui fait le mal n’est en rien un aveu de faiblesse.

Que veut dire aimer ses ennemis ? Quand Danone, la multinationale de l’agroalimentaire, tue, avec son lait, des enfants des pays pauvres, la moindre des choses est de ne plus acheter ses produits mais ce n’est en rien une vengeance, plutôt une volonté de le faire changer de stratégie et de sauver des enfants. Ceux qui polluent notre planète avec la complicité des spéculateurs font davantage de victimes que les plus grands assassins de l’histoire depuis Napoléon jusqu’à Daesh en passant par Hitler et Staline, et nous nous en rendons complices si nous ne réagissons pas, même avec des moyens dérisoires. Il n’y a là aucun désir de vengeance contre quiconque, aucune faiblesse mais une manière de faire œuvre de miséricorde dans l’espoir de voir naître un monde plus juste où il fera bon vivre.

La punition, à elle seule, a peu de chance d’amener un changement chez le pécheur si elle n’est pas appliquée dans une atmosphère d’amour. Ainsi la société, si elle doit se protéger en enfermant ceux qui la mettent en danger, ne peut se contenter de les mettre en cellule. Il suffit de voir l’état dans lequel sortent les délinquants, après quelques années dans des prisons surpeuplées, s’ils n’ont pas été accompagnés. La miséricorde suppose qu’ils soient suivis, visités, formés, aimés… pour qu’ils ne sortent pas pires qu’avant.

Aimer ses ennemis, faire preuve de miséricorde… Il est plus facile de punir ou de déclarer l’autre irrécupérable que de faire preuve d’inventivité pour parvenir à une miséricorde efficace. La justice sans amour n’apporte rien. La miséricorde consiste à « être là », comme Dieu, auprès des victimes et des méchants, être là en se déclarant prêt à faire un pas avec eux, en croyant en eux.

 

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