Mort

Après les obsèques de Jeannine
Luc : 13:18-19 Jésus disait donc: « A quoi le Royaume de Dieu est-il semblable et à quoi vais-je le comparer ? Il est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et jeté dans son jardin ; il croît et devient un arbre, et les oiseaux du ciel s’abritent dans ses branches. »
Ce texte nous parle en cette période pascale. Jésus est ressuscité sans bruit, comme une graine qui germe. L’événement n’a provoqué aucun bouleversement notable. Il n’y a guère que quelques femmes, quelques disciples qui s’en sont aperçu. Pas de mouvement de foule, pas de manifestation spectaculaire, uniquement quelques hommes qui ont prétendu le rencontrer. Ils ne l’ont pas même reconnu de suite, c’est par des références à sa vie précédente qu’ils ont fait le lien avec celui qui venait à leur rencontre, au sein de leur désespoir.
La graine était toute petite et pourtant elle a donné le grand arbre que l’on connaît actuellement. L’espérance semée dans le cœur de quelques-uns continue à porter des fruits par les églises en particulier et aussi chez les hommes de bonne volonté qui se confrontent encore à la parole de Jésus. La marque de l’évangile reste posée sur le monde, elle continue à y être ferment comme nul autre, active dans la pâte, elle est un signe de contradiction qui interpelle ceux qui oublient l’amour des petits et des pauvres à l’intérieur et à l’extérieur des églises. D’autant que nous ne sommes qu’aux débuts de l’évangélisation.
Jeannine aussi était petite, discrète mais active, souriante, une maman. Une chrétienne aussi et une militante. Rien de bien spectaculaire dans son action, mais une obstination dans l’amour et dans le partage, une présence à ses proches et à ceux dont elle se faisait proche. Je crois que là est la vérité de l’évangile, du Royaume qui grandit. Comme dans les débuts, des gens simples vivent leur foi tranquillement, ils en font l’axe de leur vie, sans ostentation mais pleinement. Ils ne sont pas parfaits, ils sont vrais, ils sont efficaces. Ils sont l’avenir de l’humanité, ils sont l’église.
Pendant ce temps, des grands hommes font du bruit autour d’eux. Ils déclarent, décident, dirigent, légifèrent, dogmatisent, condamnent, se montrent… s’enrichissent. Ce n’est que vanité et souffle de vent.
Loin de ce tumulte, l’humanité avance petit à petit, sous l’influence de la multitude des hommes de bonne volonté qui vivent de leur foi et de l’amour. Ils restent anonymes le plus souvent, reconnus par quelques proches. Il leur arrive d’être tournés en ridicule par les savants et les princes de ce monde, par les principautés et les puissances. Il nous arrive de craindre que leur place soit mise en péril, il nous semble que l’humanisation recule. Mais non : « l’amour ne passera jamais », nous vivons de cette espérance. La vitalité de la graine de moutarde est toujours à l’œuvre en sous-main, regardons dans la bonne direction.
Ceci dit, comme Jeannine, nous ne voyons jamais la réalisation totale de ce que nous entreprenons. Parfois, un instant, nous pensons que nous touchons au but, que nous avons, pour une fois, pleinement réussi dans une entreprise et nous sommes chaque fois un peu déçus, nous butons sur nos limites. Notre vie est une suite ininterrompue de tentatives en partie avortées, il nous faut sans cesse recommencer, repartir. Nous ne le regrettons pas, elles vont dans le sens des choix fondamentaux de notre vie, elles ont des côtés positifs dont nous pouvons être fiers, ce sont elles qui mises bout à bout de par le monde le font grandir vers plus d’humanité. Nous le savons, longue est la maturation du monde où la croix a été plantée.
C’est au niveau individuel qu’il nous arrive de mal supporter les échecs relatifs, à répétition. Alors il nous faut mourir pour passer de ce Royaume en construction à la contemplation du but vers lequel il tend. Se réincarner ne servirait à rien sinon à renouveler le problème. Si, malgré nos efforts, nous n’arrivons pas à combler notre désir d’aimer, nous pourrions nous dire que c’est dans notre nature et qu’il vaut mieux apprendre à nous contenter de ce que nous avons.
Nous pouvons aussi nous dire qu’un Amour nous attend, que « là-haut c’est que de l’amour » comme je l’ai entendu dire à sa mère par la fille d’un défunt. La parole est forte puisqu’on l’emploie habituellement pour désigner un petit enfant. Dieu est comme un petit enfant : c’est que de l’amour
Mourir c’est arriver chez soi, dans sa patrie, ne plus avoir à recommencer, voir sa nature s’épanouir dans la rencontre de son essence, s’entendre dire par la multitude : « on t’attendait fiston ».
Le grand arbre va jusqu’au ciel.

 

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