Pasteur ?
Certains aimeraient que je sois leur pasteur. Même que je n’aime pas trop !
« Père », « Pasteur », « Mon Père », je ne sais plus vraiment où j’en suis…
Mais il est vrai qu’il y a pasteur et pasteur…
Un jour que je montais vers le col d’Arius j’ai rejoint un berger qui menait ses brebis. Il les tenait serrées autour de lui, aidé par ses chiens, et avançait doucement, les faisant paître au plus près, choisissant pour elles les bons pâturages.
La méthode m’a surpris parce que elle ne correspond pas à la manière de faire habituelle dans la vallée. Ici, après la traite, les bergers laissent partir leurs brebis qui se disséminent dans la montagne au gré de leurs envies et de l’herbe rencontrée, parfois accompagnées d’un ou deux patous, ces gros chiens à l’allure paisible mais qu’il vaut mieux ne pas trop provoquer. Les brebis ne reviennent que le soir, pour la traite, heureuses de se libérer de leur fardeau. Le berger connaît chacune d’elles et si l’une manque à l’appel parce qu’elle est restée coincée sur une vire, il s’en aperçoit vite. Aidé par son chien, il laisse le troupeau pour aller chercher celle qui est perdue.
Pour la petite histoire (mais certains reconnaîtront là ma perversité foncière !) le berger du val d’Arius était basque et son contrat n’a pas été renouvelé… Je me suis renseigné !
Il est des pasteurs comme lui qui tiennent à garder autour d’eux leur petit troupeau, qui tremblent dès qu’il se disperse, qui ont peur des expériences nouvelles non conformes à leurs conceptions. Il est vrai que la montagne est dangereuse et la vie aussi. Mais, à force de trop protéger, on finit par enfermer ceux qui nous sont confiés dans nos propres limites, renforcées par nos angoisses. Il est essentiel de connaître nos brebis, de reprendre avec elles le récit de leurs découvertes, de chercher avec elles les chemins qui leur conviennent. Il se pourrait même qu’elles nous ouvrent des possibles que nous n’avions pas entrevus et qu’elles nous surprennent par leurs audaces et leurs avancées imprévues.
Je sais le modèle de pasteur que j’ai choisi et que je tente d’être. En n’oubliant pas que le bon Pasteur est ailleurs…
