Prêtre, prophète et roi

   C’est ce que je dis à chaque enfant juste après son baptême : « tu es maintenant prêtre, prophète et roi », même que cela  me fait un peu drôle de faire une telle déclaration à un petit bébé qui est tout de fragilité. D’ailleurs, ce sont tous les chrétiens qui sont prêtres, prophètes et rois et pas seulement les baptisés de fraîche date… Quelle dignité ils reçoivent malgré leur manque d’assurance ! J’ai malheureusement l’impression qu’ils n’en vivent pas pleinement… Ce programme en trois volets est pourtant prometteur.

   En effet, un chrétien qui n’est pas roi mais au contraire soumis, n’est pas un bon chrétien : il se doit d’assumer sa fonction royale et d’en être fier. Cela signifie que, maître de sa vie, il devrait commencer par prendre toutes ses responsabilités dans le monde d’aujourd’hui. Il sait bien qu’il n’est supérieur à personne et que son baptême ne lui donne aucun pouvoir particulier mais il est prêt à assumer pleinement sa mission d’homme, tant il se sent porté par l’Esprit de Dieu. Non seulement il ne se met pas à part mais, parce qu’il endosse avec assurance sa dignité humaine, il permet à d’autres de ne pas baisser les bras. La royauté qu’il reçoit de Jésus n’est pas de domination mais de partage…

Le chrétien est aussi un prophète, c’est-à-dire quelqu’un qui apprend à lire dans le monde les signes visibles de la présence créatrice de Dieu. En vivant dans la foi, il acquiert un regard de détective qui lui permet de détecter, dans la banalité du quotidien, la foule des possibles. C’est à lui d’en rendre témoignage avec audace et assurance. Dans une société qui doute de son avenir, il est celui qui est capable de redonner de l’espérance en montrant, par sa parole et son engagement, qu’une autre vie est en train de germer. Pour lui, la fatalité n’existe pas et des ouvertures n’attendent que nous, chrétiens, pour que la vie prenne le dessus sur les agents de mort qui, déguisés en prophètes de malheur, tentent de nous asservir. Le prophète chrétien, lui, est porteur d’un dynamisme qui le dépasse et qui, par son intermédiaire, peut se diffuser dans son entourage. Il connaît ses faiblesses et il se rend bien compte que seul, il est démuni. En ce sens il se sent frère de ceux qui lui sont proches mais il croit en même temps qu’un souffle parcourt le monde et que le reconnaître et y entrer peut aider à faire toutes choses nouvelles.

Il est prêtre enfin : cette dignité n’est pas réservée à une élite d’hommes mis à part. Le chrétien est capable de rendre sainte sa propre vie et de faire de chaque homme une histoire sacrée. Il a l’audace et la confiance d’un enfant qui est prêt à s’émerveiller devant ce qui lui arrive et peut acquérir la compétence nécessaire pour que, adulte, son action porte un fruit qui demeure. L’univers lui-même est sanctifié par la lecture que le chrétien en fait. Le monde ne tend pas vers sa perte mais il prend un sens supplémentaire parce que c’est en lui que se joue le salut. Le Christ par sa mort et sa résurrection a renversé le sens de l’histoire. Nous allons désormais vers la vie et c’est au chrétien à en témoigner et à hâter sa venue.

Nous sommes convaincus que la puissance créatrice de Dieu est toujours à l’œuvre aujourd’hui. Si nous sommes chacun prêtre, prophète et roi, c’est pour être le témoin et le coopérateur de cette puissance de vie qui emporte l’univers vers un amour qui ne finit pas.

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