Selon la liturgie de l’Église nous sommes entrés dans le « temps ordinaire »… Les fêtes de Noël sont passées, Pâques n’est pas encore là… Serait-ce alors une période propice à l’endormissement ? Dans un monde tourné vers la performance, le toujours plus, l’extraordinaire, nous avons effectivement un peu de mal à vivre dans un ordinaire qui ne nous stimule pas assez…
C’est pourtant dans le quotidien que nous construisons en profondeur ce qui fait le tissu de nos vies. Les moments exceptionnels sont les événements que nous aimons ramener à notre conscience pour nous soutenir quand notre vie perd de son éclat mais nous construisons notre fidélité dans la monotonie de chaque jour. Nous privilégions volontiers les moments forts dans nos souvenirs mais n’oublions surtout pas qu’ils surgissent comme des révélateurs du feu qui couve sous les braises et qui ne meurt pas parce qu’il est alimenté peu à peu.
Jésus est resté une trentaine d’années dans la ville de Nazareth qui ne devait pas être traversée de beaucoup d’événements sortant de l’ordinaire… C’est là pourtant qu’il s’est constitué comme homme : l’incarnation est un long processus et la naissance n’y suffit pas. Sa vie publique qui a suivi a été la mise en œuvre de cette lente maturation qui en constituait la base nécessaire. Celui qui est mort sur la croix ne venait pas d’une autre planète : il s’agissait bien de Jésus de Nazareth !
Pour nous aussi, la vie ordinaire est l’espace qui nous permet de mettre en place des habitudes qui quadrillent notre existence et lui donnent de l’assise. Notre chair se construit ainsi quand nous faisons passer dans le concret de chaque jour les idées auxquelles nous adhérons en profondeur. Aucun engagement ne tient tant qu’il ne fait pas partie de nous-mêmes au point de se constituer en deuxième nature. Les grands élans, les émotions quelle que soit leur force, les bonnes intentions trouvent leur raison d’être quand ils vont jusqu’à modeler notre réel ; ils ne sont, sinon, qu’illusions passagères.
Il faut ainsi prier chaque jour pour devenir chrétien même si « ça ne nous fait rien », aller à la messe régulièrement même quand on n’en a pas envie, adresser la parole à celui qui nous est proche même s’il nous intéresse moins, oser des gestes de tendresse même quand le passion n’est plus là…
La vie quotidienne, c’est la vie et pas simplement quand elle est traversée par les frissons de l’inattendu.
