Vigilance

Premier dimanche de l’Avent

« Tenez-vous donc prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

Être prêts à quoi ? À mourir parce qu’on ne sait jamais quand cela arrivera pour nous ?

Certes, mais la meilleure façon de nous préparer à mourir n’est-elle pas de vivre le plus pleinement possible ? À quoi bon méditer sur la mort si c’est pour nous gâcher la vie ! Si le Fils de l’homme doit venir effectivement, il ne s’agit pas de s’asseoir pour l’attendre : bien au contraire saint Paul nous dit  « c’est le moment, l’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil. »

Oui, le Fils de l’homme va venir… En fait il vient tous les jours, il est en permanence à nos côtés, sa venue n’est pas une perspective pour le futur, même s’il viendra un jour clôturer l’histoire. Il est déjà là et la période de l’Avent n’existe que pour aiguiser notre attente, pour nous rappeler qu’un chrétien ne peut se satisfaire de la superficialité du quotidien, pour nous inviter à découvrir la profondeur de notre existence puisque celle –ci est habitée par Jésus.

Oui, Jésus viendra… mais il est inutile d’attendre la fin pour le découvrir ! Le moment favorable, c’est chaque fois que je m’arrête pour goûter un aspect particulier de mon existence, un moment qui me surprend par sa richesse, qui me semble habité par une présence inhabituelle.

Bien sûr, pour que je sois capable de le reconnaître, il faut que je me ménage des temps d’arrêt, des espaces de prière pendant lesquels je stoppe le flot incessant des sollicitations extérieures, des instants où je m’interroge sur ce qui fait le sel de ma vie. Les moments favorables ne manquent pas mais le plus souvent ils passent inaperçus et notre inattention fait que nous trouvons nos journées insipides. La répétition du quotidien a tendance à endormir notre vigilance et c’est pour cela que saint Paul nous invite à nous réveiller : le moment est arrivé, notre vie est habitée, elle déborde de promesses, ne les laissons pas passer !

Être vigilant, c’est prendre le temps de goûter la vie : se réjouir d’un sourire, apprécier une rencontre, admirer un spectacle, fêter un événement, se laisser bousculer par une célébration, compatir à la souffrance de l’autre, saisir toutes les occasions qui sortent un peu de l’ordinaire en sachant que si elles sont uniques, c’est justement parce que j’y porte une attention particulière. Ce sont des moments favorables non seulement à cause de leur richesse propre, que je suis capable de percevoir, mais aussi parce que Jésus nous y attend pour la rencontre.

Mais il n’y a pas que cela, n’est-ce pas ? Il est d’autres moments favorables qui, eux, ne nous touchent pas aussi immédiatement. On en revient toujours à Matthieu 25 : « j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi ! ». Jésus en effet s’identifie à ceux qui sont invisibles et ils le sont parce qu’on préfère ne pas les voir. Se réveiller, c’est donc aussi abandonner les cécités dans lesquelles nous nous complaisons afin de ne pas mettre en danger notre quiétude. Notre démarche est alors plus compliquée parce qu’il n’est pas suffisant de s’arrêter pour prendre conscience de ce que nous vivons : il nous faut, en plus, faire en sorte que la rencontre avec celui qui est en manque soit bénéfique et pour lui et pour nous. La bonne volonté ne peut suffire quand il s’agit de trouver les moyens efficaces de libérer ceux qui sont dans le besoin, dans l’angoisse, dans la colère, ceux qui souffrent de l’injustice, de la discrimination, du mépris… Les réveils sont plus difficiles parce qu’il nous faut être imaginatifs pour aboutir à des solutions concrètes.

Et cependant Jésus est là aussi et il nous attend.

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